1974 : Haute tension à la Baie James

Journal Constructo 1974

Les faits saillants de 1974

  • Le débrayage des travailleurs du complexe La Grande mènera à des actes de violence connus sous le nom de « saccage de la Baie-James »
  • Annonce de la Commission d'enquête sur l'exercice de la liberté syndicale dans l'industrie de la construction présidée par le juge Robert Cliche
  • Construction d'une scierie à Sacré-Coeur, sur la Côte-Nord
  • Déclenchement d'une grève à la United Aircraft, une multinationale de l'industrie de l'automobile, qui sera l'un des conflits les plus durs de l'histoire du syndicalisme québécois
Par Marie Gagnon

Alors que s’organise à Washington la conférence des pays consommateurs de pétrole, en réponse à la décision de l’OPEP de réduire ses livraisons l’automne précédent, une année houleuse s’annonce aux quatre coins de la Belle Province.

L’année s’ouvre en effet avec le conflit le plus mouvementé et le plus dur à ce jour de l’histoire du syndicalisme québécois : la grève de la United Aircraft, qui oppose la division longueuilloise de la multinationale américaine à ses 2 000 employés affiliés à la section 510 des Travailleurs unis de l’automobile (TUA).

 

Le conflit, qui est envenimé par le refus de la United Aircraft d’appliquer la formule Rand, ne connaîtra sa conclusion qu’au printemps 1975. Entre-temps, les actes répréhensibles se multiplient de part et d’autre. Les travailleurs répliquent notamment à l’embauche de briseurs de grève et aux tentatives de négociations individuelles faites par la compagnie par des actes délictueux : vandalisme sur les voitures des cadres et les propriétés des dirigeants, menaces téléphoniques et voies de fait sur des non-syndiqués.

 

Pendant que le conflit de travail s’enlise sur la Rive-Sud, le gouvernement de Robert Bourassa amende le projet de la Baie-James pour satisfaire les revendications des Cris et des Inuits. Ces derniers rejettent toutefois l’offre de compensation du gouvernement. Il faudra attendre jusqu’en novembre avant qu’une entente de principe n’intervienne entre les autochtones et le gouvernement. Les changements proposés incluent l’élimination de certains réservoirs et barrages prévus au complexe La Grande afin de préserver des territoires de chasse ancestraux.

Par ailleurs, le débrayage de centaines de travailleurs de la construction rendra tristement célèbre l’aménagement du complexe La Grande. Le saccage de la Baie-James, pour ne pas le nommer, donnera lieu à des actes d’une rare violence de la part de membres du Conseil central de la construction, affilié à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Au coeur de la dispute : la rivalité qui oppose la FTQ et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) pour la syndicalisation des employés du chantier. Le campement de LG-2 est saccagé puis incendié, des roulottes sont renversées et des génératrices sont mises hors d’état.

 

Les coûts directs et indirects de cette flambée de violence s’élèvent à une trentaine de millions de dollars, une somme astronomique pour l’époque. Dans la foulée de ces actes de sauvagerie, le gouvernement québécois instaurera quelques mois plus tard une commission chargée d’enquêter sur la liberté syndicale sur les chantiers de construction. Présidée par le juge Robert Cliche, elle révèle que le saccage du chantier provient de la volonté du Conseil des métiers de la construction d’exercer un monopole sur les grands chantiers en instaurant un véritable régime de terreur.

 

À la suite des révélations de la commission sur le noyautage de certaines centrales par des éléments criminels, la FTQ mettra en tutelle le Conseil des métiers de la construction et annoncera le départ de son directeur général, André Desjardins. Le gouvernement en profitera également pour faire adopter une série de lois afin d’encadrer sévèrement les syndicats. Vers la fin de l’été, l’agent d’affaires de la FTQ, Yvon Duhamel, est condamné à 10 ans de prison pour les coûteux dégâts causés au chantier LG-2, estimés à deux millions de dollars.

 

Quelques bonnes nouvelles jalonnent toutefois l’année 1974. Entre autres, l’entente fédérale- provinciale sur l’élaboration d’un oléoduc transcanadien, de même que la construction d’une scierie sur la Côte-Nord, au coût de 5,8 millions $, et l’octroi d’une subvention fédérale de 30 millions à Sidbec (Sidérurgie du Québec). Cette dernière affectera cette somme à un programme d’investissement de l’ordre de 180 millions ayant pour but d’augmenter la production d’acier, de diversifier les produits sidérurgiques et de rationaliser les méthodes de travail.

Cet article est paru dans l’édition du vendredi 3 mai 2013 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !