La passerelle des Trois-Soeurs, un ouvrage d’art

5 mai 2017
Par Léa Méthé-Myrand
La passerelle des Trois-Soeurs

Désireuse de créer un nouveau lien piétonnier entre les deux rives de la rivière Saint-Charles, la Ville de Québec s’est dotée d’une passerelle haubanée en bois.

Cet ouvrage singulier, issu d’une audacieuse combinaison d’architecture et d’ingénierie est le fruit de la collaboration entre la firme de génie EMS et le bureau d’architectes ABCP. La structure aux lignes singulières a remporté le prix d’excellence Cecobois 2016 dans la catégorie Solution innovante.

 

Au centre du mandat de conception, une préoccupation fonctionnelle : permettre aux piétons et cyclistes des quartiers Saint-Roch et Vanier de franchir la rivière, un souhait exprimé à plusieurs reprises par la population concernée. Au-delà du décloisonnement des secteurs urbains, la Ville avait aussi à coeur de doter le parc linéaire de la rivière Saint-Charles d’un ouvrage au design soigné, en phase avec l’idée de développement durable.

 

Plusieurs types de structures ont été envisagés, dont la passerelle suspendue, le pont en arche et le pont à poutres classique. C’est finalement le concept de passerelle à haubans qui a été retenu. « Les haubans sont très efficaces pour transférer les charges en tension, dit Brian Mercier, ingénieur chargé de projet chez EMS. Ils nous permettent de réduire la dimension des éléments structuraux, donc le volume de matériel. On fait des économies de ressources et, visuellement, c’est plus intéressant. »

 

Le tablier est soutenu par dix câbles, reliés à un pylône à deux colonnes formant un V incliné. Surmonté d’une tête sculpturale en acier, ce mat de bois est légèrement incliné en direction du tablier et retenu à l’opposé par deux câbles ancrés à la culée de béton du côté sud de la rivière. Dans le cas d’un pont, les pylônes sont pratiquement toujours verticaux, afi n de distribuer les charges d’une manière optimale. « Mais dans le cas d’une passerelle piétonne, on peut se permettre un peu plus de fantaisie ! », s’enthousiasme Brian Mercier. La charge que doit porter le pylône dépend aussi de l’inclinaison des câbles soutenant le tablier par rapport aux câbles d’ancrages qui sont situés à l’arrière. « La manipulation de ces paramètres et de la hauteur des mâts a permis l’obtention de ce concept efficace et surprenant », ajoute l’ingénieur.

 

« Les gens sont toujours impressionnés : une structure haubanée dont 90 % des éléments porteurs sont en bois, ça ne se voit pas souvent ! », renchérit Vadim Siegel, architecte chargé de projet chez ABCP. En effet, à l’exception du câblage, de la tête de mât et de la quincaillerie, l’ouvrage est entièrement constitué de bois. « Sans la structure haubanée, la passerelle, qui a tout de même été conçue en fonction de la circulation de véhicules d’entretien pesant jusqu’à huit tonnes, aurait paru beaucoup plus massive », poursuit-il.

 

Le tablier est formé de deux poutres principales de 1,8 mètre de haut en bois lamellé-collé sur lesquelles reposent des panneaux en bois lamellé-croisé (CLT) du fournisseur Nordic. Pour finir, un platelage en pin gris a été disposé à 45 degrés, afin d’éviter les risques pour les cyclistes.

 

La localisation finale de la passerelle, qui a fait l’objet de nombreux échanges avec des représentants citoyens, correspond à l’endroit le plus étroit parmi ceux pressentis, c’est-à-dire dans l’axe de la rue Monseigneur-Plessis, au nord. Cette option était également la plus rationnelle au niveau des coûts, ceux-ci augmentant en fonction de la portée de l’ouvrage (qui est, au final, de 53 mètres de portée libre). En dépit de ce choix stratégique, le budget estimé initial de 1,2 million de dollars a été revu à la hausse afin de pouvoir mettre en oeuvre le design inédit. Le montant final, incluant les honoraires et l’installation, s’élève à un peu plus de deux millions de dollars.

 

Vadim Siegel observe actuellement une évolution des mentalités et un intérêt nouveau pour la construction en bois. La méfiance envers la matière organique laisse place à une appréciation renouvelée pour ses qualités structurales et esthétiques. Grâce à la publication de la Charte du bois notamment, plusieurs donneurs d’ouvrage se questionnent aujourd’hui d’emblée sur la possibilité de réaliser des constructions boisées.

 

Pour l’architecte, la passerelle des Trois-Soeurs est le signe de cette ouverture d’esprit croissante, notamment de la part des municipalités. « Les représentants de la Ville de Québec étaient conscients qu’au-delà du besoin fonctionnel, la passerelle devait aussi s’intégrer au parc linéaire de la rivière Saint-Charles, explique-t-il. La Ville a mis les moyens pour réaliser un équipement qui sort de l’ordinaire et qui marque le paysage. Les passerelles, les ponts et les barrages font partie de notre environnement bâti et méritent une conception soignée sur le plan architectural. »

 

LE BOIS, UN MATÉRIAU DURABLE

L’accompagnement de l’organisme Cecobois a été sollicité pour l’élaboration de la passerelle, notamment sur le plan de la conservation à long terme des éléments de bois. Les poutres principales sont placées en retrait de la bordure du tablier et protégées des intempéries. Une membrane d’étanchéité, située entre les panneaux de CLT et le platelage, assure la protection des composantes structurales du tablier et un système de drainage évacue les précipitations. L’utilisation de lambourdes pour fixer le platelage par-dessous évite quant à elle la détérioration précoce du bois, causée par l’eau s’accumulant dans les trous de vis. Enfin, un enduit à l’uréthane protège les colonnes de bois et pourra être réappliqué au besoin à partir d’une nacelle stationnée sur le tablier.

 

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