La Romaine : mise en œuvre en trois phases de la ligne hydroélectrique

3 mai 2019
Par Marie Gagnon

Le village de La Romaine et la communauté innue d’Unamen Shipu de la Basse-Côte-Nord seront alimentés par hydroélectricité dès 2021.

À la mi-janvier, Hydro-Québec a donné le coup d’envoi à la construction d’une ligne de transport à 34,5 kilovolts (kV), qui cheminera sur 75 kilomètres à partir de la rivière Natashquan. Une fois le projet de 114 millions de dollars complété, la société d’État procédera à la fermeture définitive de la centrale thermique La Romaine, qui a atteint sa fin de vie utile.

 

Comme le rappelle Marie-Julie Roy, conseillère en relations avec le milieu pour Hydro-Québec, La Romaine et Unamen Shipu sont les seuls villages de la Basse- Côte-Nord à n’être toujours pas alimentés en énergie hydroélectrique. Plusieurs scénarios ont d’ailleurs été étudiés avant qu’il ne soit décidé de relier ces localités au réseau de transport national, une solution jugée optimale sur les plans économique, technique et environnemental.

 

La solution retenue vise toutefois la construction d’une ligne plus costaude que nécessaire. « À une tension de 34,5 kV, on est plus près du réseau de distribution que du réseau de transport, souligne-t-elle. Normalement, on utiliserait des portiques simples en bois, mais en raison des conditions météorologiques qui prévalent dans la région, on a opté pour une construction plus robuste, avec des portiques doubles renforcés de croisillons qui permettront, si besoin est, d’augmenter la tension à 161 kV.  »

 

Marie-Julie Roy précise que ce choix a également été motivé par l’absence de route sur une portion du tracé longue de 50 km, ce qui complique les réparations et rallonge le délai de rétablissement du service en cas de panne. « On collabore avec le ministère des Transports, qui travaille présentement au prolongement de la route 138, dit-elle. On s’assure de ne pas empiéter sur leur tracé tout en essayant de s’en rapprocher le plus possible. À terme, ce sera facilitant pour l’entretien de la ligne.  »

 

Le projet comporte en outre une vingtaine de pylônes d’acier, pour franchir les rivières les plus larges, ainsi que la construction de trois nouveaux postes, dont deux à chaque extrémité du tracé, tandis que le troisième, de moindre importance, assurera le bouclage avec la communauté de Kegaska, déjà alimentée par le réseau. Quelques travaux mineurs sont également prévus sur le réseau, entre Natashquan et Kegaska ainsi qu’à La Romaine.

 

Trois phases

La mise en oeuvre de la nouvelle ligne sera orchestrée en trois phases, à savoir le déboisement, le montage de la ligne et la construction des postes. Le déboisement est pour sa part réalisé en deux lots, partagés entre deux communautés innues en vertu de contrats de gré à gré. Le premier est réalisé par Nutashkuan-Ressources et concerne un tronçon d’environ 20 km entre la rivière Natashquan et Kegaska. Il a été amorcé à la mi-janvier et tirait déjà à sa fin au début d’avril.

 

Le second, qui fait l’objet d’une entente de principe avec la communauté d’Unamen Shipu, démarrera à l’été. Il vise cette fois le tronçon compris entre Kegaska et La Romaine. Il sera par ailleurs déboisé en deux temps, le mandataire innu devant d’abord s’attaquer à sa portion la plus accessible, près de La Romaine. Il reprendra les travaux en novembre entre Negaska et la rivière Washicoutai et les poursuivra jusqu’à l’automne 2020.

 

Marie-Julie Roy ajoute que le séquençage des travaux et leur échéancier respectif favoriseront les travaux hivernaux afin d’éviter les répercussions négatives sur le milieu. À cet effet, les entrepreneurs utiliseront le bois coupé pour aménager des fascines, des matelas de bois qui serviront à faciliter le transport de la machinerie lourde dans les tourbières. Un pont de glace sera également construit l’hiver prochain afin de permettre le franchissement de la rivière Musquaro.

 

La construction de la ligne débutera pour sa part dès l’automne prochain. « L’appel d’offres sera lancé ce printemps et le contrat devrait être attribué au début de l’été, précise la porte-parole d’Hydro-Québec. Présentement, on procède à l’analyse des propositions pour les deux principaux postes. Quant aux travaux sur le réseau, ils seront en partie effectués par nous, le reste sera donné à contrat. En gros, il s’agit d’optimiser les portiques simples installés en 2009 entre Natashquan et la rivière du même nom.  »

 

Mentionnons en terminant que la centrale thermique de La Romaine sera démantelée après la mise en service de la ligne. Cette fermeture permettra d’éviter la combustion de 3,5 millions de litres de diesel par année et, de ce fait, l’émission de 10 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

 

Cet article est paru dans l’édition du 19 avril 2019 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous.