L’économie de partage s’invite au chantier

6 juin 2017
Par Marie Gagnon
L’économie de partage s’invite au chantier

Rentabiliser l’achat d’un équipement en le louant via une plateforme numérique ? C’est ce que propose BizBiz Share, la première plateforme conçue pour louer, partager et mutualiser les actifs et les services entre entreprises.

Pour certains, il s’agit d’un nouveau modèle économique. Pour d’autres, d’une manière d’effectuer des transactions payantes en dehors d’une structure traditionnelle. Peu importe l’angle sous lequel on aborde la question, l’économie de plateforme redéfinit les activités commerciales en permettant de mutualiser l’usage de certains produits et services.

 

C’est d’ailleurs la mission que s’est donnée BizBiz Share, une jeune entreprise qui a conçu, à l’intention des entreprises de toutes tailles et de tous horizons, une plateforme numérique pour optimiser leurs actifs sous-utilisés, quels qu’ils soient. Et par actifs sous-utilisés, la start-up entend équipements lourds, matériels légers, outillages, véhicules, locaux commerciaux, mais aussi services techniques, spécialisés et administratifs.

 

« L’idée m’est venue il y a quelques années, alors que je travaillais pour une entreprise d’excavation de Fort McMurray, relate Elliott Daigneault, le fondateur et président de BizBiz Share. Un matin où il faisait moins 45 degrés, l’hydraulique de mon excavatrice a gelé, rendant la machine inopérable. Pendant que le contremaître se démenait pour trouver les pièces de rechange, j’ai vu un Bobcat identique au nôtre dans la cour de l’entreprise voisine et je me suis dit que ce serait peut-être une bonne idée de le louer, plutôt que de le laisser dormir sous la neige. Ça avait du sens, puisque ça permettrait de gagner en productivité, de réduire les délais et, surtout, de générer des revenus. »

 

Sauf que, de son propre aveu, Elliott Daigneault n’a pas vraiment envie de travailler ce jour-là. Il garde donc son idée pour lui. Et ce n’est qu’une fois de retour à Montréal, à la fin de son contrat, qu’il décide d’y donner forme. C’était en 2014 et l’économie de partage en était à ses premiers balbutiements, alors que les Uber et AirBnB de ce monde commençaient à peine à faire parler d’elles.

 

Potentiel inexploité

« J’ai tout de suite vu le potentiel, affirme le jeune entrepreneur. D’abord, il n’existait aucune plateforme destinée au partage d’actifs entre entreprises, le champ était donc libre. Ensuite, c’est une formule intéressante pour l’entreprise locatrice qui veut optimiser un équipement. Surtout dans une industrie cyclique comme la construction, où les actifs sont sous-utilisés en basse saison. »

 

D’un autre côté, la location à court terme permet à l’entreprise qui y recourt d’éviter un achat ou de reporter un investissement qui n’est pas nécessaire dans l’immédiat. Et, du coup, de ménager ses flux de trésoreries. C’est aussi un excellent moyen, pour l’entreprise qui s’y prête, de se démarquer en affichant sa responsabilité sociale et ses préoccupations quant à l’avenir de la planète. L’économie de partage, en mettant un frein à la surconsommation, est en effet auréolée de vertus environnementales.

 

« Les premières entreprises que nous avons approchées ont tout de suite été séduites par notre concept, rapporte Elliott Daigneault. Elles ont trouvé le système très intéressant et compris rapidement les avantages du partage d’actifs. La plateforme permet en plus aux entreprises membres de développer leur réseau d’affaires et de tisser des liens avec des entreprises de leur secteur ou d’un secteur différent. »

 

BizBiz Share propose aux entrepreneurs d'unir leurs forces et de mettre en commun leur équipement - Photo de BizBiz Share

 

Un exemple ? Récemment, un entrepreneur voulait louer une sableuse au jet pour quelques heures. Il en a trouvé une en Beauce, une zone trop éloignée de ses installations de Ville Saint-Laurent. Il s’est donc enregistré sur la plateforme dans l’espoir d’en dénicher une plus près de lui. Au même moment, l’escouade de BizBiz Share rencontrait un industriel du même arrondissement qui, justement, possédait une sableuse au jet dont il ne se servait que très rarement. La transaction fut conclue presque sur-le-champ.

 

Actifs inactifs

L’inventaire continue d’ailleurs de grossir de jour en jour sur la plateforme. On y retrouve actuellement une panoplie d’actifs, comme des camions, des chariots élévateurs et même des voitures de luxe, dont une Maserati à louer pour 400 dollars par jour. Et pour faire partie de l’univers de BizBiz Share, c’est simple. Il suffit de créer un compte et de mettre ses actifs sous-utilisés en ligne, accompagnés d’un descriptif et d’une photo.

 

« Les chefs d’entreprise sont des gens très occupés et ils n’ont pas toujours le temps de faire leur inventaire, observe Elliott Daigneault. Mais nos conseillers sont là pour les aider à identifier les actifs, à les optimiser afin qu’ils génèrent du revenu, à prendre les photos et à documenter les équipements. L’entrepreneur n’a plus qu’à déterminer les conditions de location et à choisir les dates ou les journées où l’actif est disponible. Si un équipement n’est disponible que le vendredi, par exemple, la photo ne sera visible que cette journée-là. »

 

Si la plateforme semble parfaitement adaptée à l’industrie de la construction, il faut toutefois en user avec discernement, conseille Yannick Montagano, le président de l’Association québécoise des distributeurs d’équipements (AQDE). « On parle d’équipements qui ont une valeur substantielle, ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère, fait-il valoir. Il faut s’assurer d’établir un contrat en bonne et due forme et s’assurer que les bonnes pratiques, comme les assurances ou la responsabilité civile, sont respectées. »

 

Tendances et opportunités

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