S’entourer pour réussir en affaires

30 novembre 2015
Par Léa Méthé Myrand
Éric Bruneau et Jocelyn Beaudry - Photo : René-Claude Senécal

Pour réussir en affaires, un chef d’entreprise doit-il encore savoir bien s’entourer. L’exemple de Bruneau Électrique.

Afin de se concentrer sur le développement des affaires, Éric Bruneau recrutait en 2010 un directeur général ayant oeuvré pendant plus de 20 ans dans le domaine du matériel informatique, une décision qu’il ne regrettera pas. « J’ai légué les opérations à Jocelyn Beaudry qui a transformé mon entreprise… pour le mieux », dit le président de Bruneau Électrique. Le nouveau venu mène aujourd’hui l’entreprise comme s’il s’agissait d’une boîte de haute technologie.

Avec succès.

 

Secondé par un programmeur informatique, Jocelyn Beaudry s’est d’abord attelé à la tâche de mesurer la productivité sur tous les projets de Bruneau Électrique. Une collecte de données exhaustive lui permet de quantifier la performance de l’entrepreneur sur différents chantiers et de connaître à la minute près les coûts engagés.

 

En plus de bonifier le travail d’estimation, cette approche vise à minimiser les dommages lorsque des difficultés se présentent. En effet, un monitorage constant permet d’intervenir rapidement en cas de problème et de prévoir le déploiement des ressources nécessaires pour remettre un projet sur la voie de la rentabilité. L’embauche de Jocelyn Beaudry a mené à un autre bouleversement majeur dans les façons de faire : « l’ouverture des livres ».

 

Ainsi, plutôt que de conserver l’accès exclusif aux données financières de l’entreprise, la direction de Bruneau Électrique a fait le pari de les révéler aux contremaîtres afin de stimuler la productivité et d’améliorer le rendement. Alors que ces derniers étaient autrefois chargés uniquement de l’exécution des travaux, ils sont aujourd’hui impliqués dans la planification des projets et doivent répondre de la portée financière de leurs décisions. « On est en mesure de chiffrer les objectifs de performance, dit Éric Bruneau. Et plus les gens sont au courant des objectifs, plus ils se dépassent pour pouvoir les atteindre. »

 

La croissance soutenue occasionne plusieurs défis de gestion, dont le recrutement de personnel administratif et technique qualifié, la logistique relative aux véhicules, l’augmentation des volumes d’achat, etc. La stratégie mise en place par la nouvelle direction consiste à décentraliser les responsabilités en créant des cellules autonomes au sein de la compagnie.

 

Stade Saputo

 

Fonctionnant comme des entreprises distinctes, chacune est dotée d’un directeur de projet, lui-même secondé par des adjoints, chargés de projet, acheteurs, contremaîtres et ainsi de suite. À l’occasion d’une rencontre mensuelle du comité de direction, chaque cellule rend compte de son rendement. La comparaison des performances installe une dynamique de compétition qui profite à l’entreprise.

 

S’il convient avoir eu de la difficulté à déléguer certaines tâches, Éric Bruneau se félicite néanmoins d’avoir laissé le champ libre à son nouveau lieutenant. Selon les prévisions, Bruneau Électrique verra son chiffre d’affaires bondir de 33,8 millions de dollars en 2014 à près de 50 millions en 2015. « Moi, j’ai appris sur le tas, affirme sans détour le président. J’ai mené l’entreprise jusqu’où j’en étais capable », ajoute-t-il, précisant qu’il demeure responsable des soumissions et des flux de trésorerie.

 

Fondée par son père Normand Bruneau en 1967, l’entreprise servait initialement les agriculteurs, notamment les cultivateurs de tabac, avant de se tourner vers le secteur industriel. Bruneau Électrique a commencé à solliciter des mandats liés aux ouvrages de génie civil au milieu des années 90. Ces travaux, qui comprennent notamment l’éclairage des routes, la signalisation, l’excavation et l’enfouissement de câbles, comptent aujourd’hui pour 50 à 60 % du volume d’affaires.

 

Affranchi des tâches opérationnelles et confiant dans les performances de son personnel, Éric Bruneau a obtenu pour 2014 un mandat de 7 millions de dollars pour l’éclairage de l’autoroute 40 à la hauteur de Repentigny et des contrats d’une valeur totale de 4 millions pour Aéroports de Montréal, dont la réfection des pistes et l’installation de feux de pistes destinés à la signalisation aérienne de l’aéroport Montréal-Trudeau.

 

Train de l'est

 

Les mandats d’envergure de 2015 incluent l’éclairage de l’autoroute 440 entre l’autoroute 13 et l’autoroute 19, à Laval, pour un montant de 7 millions. En partenariat avec Darktronics, une compagnie spécialisée dans l’affichage numérique, Bruneau Électrique a également réalisé le tableau d’affichage central et l’enseigne lumineuse en bandeau du Centre Vidéotron, le nouvel amphithéâtre de la Ville de Québec. L’entrepreneur électricien débute par ailleurs en fin d’année la réfection de l’entrée électrique de l’Hôpital régional de Saint-Jérôme.

 

Le nerf de la guerre

« Pour pouvoir prendre des bouchées comme ça, il faut être près de nos banquiers, affirme Éric Bruneau. Les liquidités, c’est le nerf de la guerre. Avec le volume de travaux, il y a eu une explosion des retenues et des comptes à recevoir. C’est fou à quel point on a du mal à se faire payer. »

 

Les fameux extras, le président de Bruneau Électrique dit les avoir en horreur tellement ceux-ci occasionnent des délais de paiement et des tracasseries administratives. Les donneurs d’ouvrage, à ses yeux, auraient plutôt avantage à joindre aux appels d’offres des plans et devis exécutés de manière rigoureuse de manière à limiter le nombre d’ordres de changements.

 

Année faste, 2015 sera suivie par une période plus calme sur le plan du développement des affaires. S’il y a croissance, selon l’entrepreneur, ce sera attribuable à des acquisitions. Des négociations à cet effet sont déjà en cours, mais les détails demeurent confidentiels. Par ailleurs, Bruneau Électrique a résolu de migrer progressivement les opérations du siège social de Joliette vers son établissement d’affaires d’Anjou. « C’est un calcul simple, explique Éric Bruneau. Notre flotte compte près de 100 véhicules. Avec 90 % des travaux réalisés dans la grande région de Montréal, les coûts du carburant et de l’entretien justifient à eux seuls cette décision. » L’entreprise maintiendra toutefois ses activités administratives et d’estimation aux bureaux de Joliette.

 

 

UNE FLOTTE À SOI

Bruneau Électrique mise sur l’acquisition plutôt que la location des véhicules spécialisés pour répondre aux attentes d’un de ses plus gros clients, le ministère des Transports du Québec. L’opération de ses propres pelles mécaniques, camions-grues et nacelles donne à l’entreprise une mesure de latitude supplémentaire lorsque vient le temps de réaliser des travaux selon des horaires très contraignants ou lors de l’enchaînement cadencé des différents projets.

Ressources humaines et affaires

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