L’excavation à l’aveuglette coûte très cher

30 septembre 2015
Par Rénald Fortier
L’excavation à l’aveuglette coûte très cher

Les bris causés aux infrastructures souterraines lors de travaux d’excavation coûtent très cher non seulement à leurs propriétaires, mais aussi à toute la collectivité. D’où l’importance d’y faire échec.

Qui dit excavation, dit aussi risque pour l’infrastructure souterraine. Un danger bien réel qui n’est cependant pas considéré par tous à l’évidence. Comme en témoignent les 1 198 bris répertoriés au Québec en 2014, dont 34 % sont survenus sans qu’aucune demande de localisation n’ait été adressée à Info-Excavation. Le nombre d’incidents enregistrés en 2014 s’accompagne d’un ratio inchangé à cinq bris par jour ouvrable.

 

« C’est toujours trop, surtout quand on sait qu’il s’agit de bris qui auraient pu être évités, car les dommages causés aux infrastructures souterraines lors de travaux d’excavation coûtent très cher », indique chiffres à l’appui Nathalie Moreau, directrice générale, Prévention et affaires publiques, d’Info-Excavation.

 

Si les propriétaires d’infrastructures ont dû acquitter l’an dernier une facture totale de plus de 6 millions de dollars pour remettre en état leurs câbles électriques, conduites de gaz naturel et autres canalisations enfouies dans le sol, l’impact des dommages explose littéralement lorsqu’il est évalué à travers le prisme socio-économique.

 

Comme le démontre une étude menée par le Centre interuniversitaire en analyse des organisations (CIRANO), qui établit à plus de 95 millions de dollars les coûts indirects des bris pour 2014. Ce groupe de recherche avait déjà fait une lecture de l’envergure des coûts socio-économiques sur la base des données de 2012, mais il a repris l’exercice pour 2014 après avoir raffiné sa méthodologie de calcul pour obtenir un portrait encore plus précis de l’état de la situation.

 

Soulignons que les coûts indirects correspondent à l’évaluation économique de toutes les perturbations liées à un bris : interruption des services ; arrêt de la circulation ; déploiement des services d’urgence ; évacuation des résidents et des commerces ; impacts environnementaux ; impacts économiques sur les commerces et entreprises ; retards dans l’exécution des travaux ; frais administratifs ou légaux reliés aux réclamations ; et perte de produit.

 

« Au-delà de 95 millions de dommages en 2014, de l’avis même du groupe de chercheurs, ça demeure une évaluation très conservatrice, note Nathalie Moreau. Car il faut savoir qu’il a calculé les coûts indirects en se basant sur nos données, qui sont loin de refléter l’ensemble des incidents survenus au Québec parce que les propriétaires d’infrastructures souterraines ne sont pas tenus de nous les rapporter. Il n’y a notamment aucun bris d’infrastructure souterraine municipale de documenté dans notre base.

 

« Il est donc facile de penser, poursuit-elle, que les coûts socio-économiques engendrés par les bris causés aux infrastructures dans le sol sont encore beaucoup plus grands. Il n’en est donc que plus important que tous les acteurs concernés par une excavation adoptent des pratiques sécuritaires, non pas seulement celui qui est chargé d’exécuter les travaux. »

 

Chacun sa responsabilité

Une chaîne de responsabilités partagées, donc, qui enjoint au premier chef le donneur d’ouvrage à bien planifier ses travaux d’excavation. Cette planification, qu’il y voit lui-même ou qu’il la confie à une firme d’ingénierie, devra nécessairement passer par une demande de plans auprès d’Info- Excavation pour connaître ce qui se trouve dans le sol et articuler son projet en conséquence.

 

Rendu à l’étape de préparer son appel d’offres, il lui faudra aussi inclure dans ses documents le plus possible d’information sur les infrastructures souterraines se trouvant à l’endroit où sera pratiquée l’excavation. Et aussi y exposer les bonnes pratiques d’excavation à employer pour éviter les bris.

 

« Les entrepreneurs, signale Nathalie Moreau, doivent avoir le portrait juste de la situation au moment de formuler leur soumission. Il faut qu’ils soient au fait de la présence d’infrastructures souterraines pour s’assurer qu’ils prendront les moyens qui s’imposent pour diminuer les risques lors de la réalisation des ouvrages. »

 

L’entrepreneur à qui sera octroyé le contrat devra faire une demande de localisation auprès d’Info-Excavation avant de commencer à creuser. Un localisateur mandaté par le propriétaire de l’infrastructure disposera alors de trois jours pour marquer son emplacement au sol, marquage qui sera valide pour 30 jours.

 

Pour Nathalie Moreau, il est clair que les entrepreneurs ont tout intérêt à formuler une demande de localisation à Info- Excavation. Surtout que les services de l’organisme voué à la prévention des dommages aux infrastructures souterraines sont livrés gratuitement et qu’ils sont accessibles 24 heures par jour, sept jours par semaine.

 

DES IMPACTS MAJEURS

Les dommages causés aux infrastructures souterraines s’accompagnent de perturbations qui concourent à amplifier les coûts indirects. Il ressort notamment qu’en 2014 :

  • 84 % des bris ont entraîné une interruption des services ;
  • 64 % des bris sont survenus dans les emprises de rue urbaine, impliquant ainsi un arrêt de la circulation et un nombre élevé de personnes ;
  • et que 37 % des bris ont nécessité le déploiement des services d’urgence des municipalités. Soulignons que les bris surviennent le plus souvent lorsque les travaux sont exécutés par des entrepreneurs (78 %) utilisant une rétrocaveuse (88 %), principalement lors d’ouvrages d’aqueduc et d’égouts (40 %) et routiers (19 %) ainsi que de construction (19 %).

Source : Info-Excavation

 


Cet article est tiré du Supplément thématique – Infrastructures et grands travaux 2015. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !

 

 

 

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