Faire d’un résidu une matière durable

22 juillet 2013
Faire d’un résidu une matière durable

Matière résiduelle ne trouvant pas suffisamment de débouchés commerciaux, le verre mixte pourra désormais être recyclé en un ajout cimentaire durable. Chronique d’une valorisation annoncée.

Par Rénald Fortier

 

Avril 2005. La Chaire de recherche SAQ de valorisation du verre dans les matériaux voit le jour à l’Université de Sherbrooke. Créée à l’initiative de la Société des alcools du Québec (SAQ), qui y investit deux millions de dollars, elle a pour mandat d’élargir les horizons commerciaux du verre mixte : une matière résiduelle issue de la collecte sélective pouvant alors être recyclée et réintroduite dans la fabrication de divers produits, comme de la laine isolante de verre, des bardeaux de fibre de verre ou des abrasifs.

 

« Après avoir contribué à la mise sur pied de la collecte sélective dans les années 90 afin de limiter l’impact des contenants qu’elle met en marché, la SAQ s’est attardée à la problématique que posait le verre de couleurs mixtes. C’est pourquoi elle s’est engagée à soutenir la valorisation de cette matière résiduelle ne trouvant pas toujours de deuxième vie », relate l’architecte Cédéanne Simard, analyste en développement durable à la société d’État.

 

La recherche menée par la chaire sherbrookoise se traduit par le développement d’un ajout cimentaire sans nul autre pareil, soit une poudre de verre pourvue de propriétés pouzzolaniques. Ce produit novateur, qui peut remplacer entre 20 et 30 % du ciment Portland dans les ouvrages de béton, est expérimenté dès 2007 dans une succursale de la SAQ du quartier montréalais Rivière-des-Prairies.

 

La poudre de verre y est alors incorporée dans deux sections de dalle (59 et 68 pieds carrés). Chacune est instrumentée de façon à permettre un suivi du comportement du béton mis en place, tout comme le sont les dalles coulées par la suite dans d’autres établissements de la SAQ et incorporant elles aussi le nouvel ajout cimentaire. Même chose du côté de la Maison du développement durable, où le fruit de la recherche de la Chaire SAQ est expérimenté dans une portion de la dalle du rez-de-chaussée et un segment du trottoir à l’avant de ce bâtiment du centre-ville de Montréal.

 

C’est que la Chaire SAQ entreprend son suivi sitôt les dalles coulées. Au moyen de senseurs, elle enregistre périodiquement différentes données témoignant du comportement du béton incorporant de la poudre de verre. Comme les changements volumétriques et les variations de température.

 

« Depuis la première application à la succursale de Rivière-des-Prairies jusqu’aux plus récentes, on constate que les dalles se comportent très bien et qu’elles ne présentent aucune dégradation. La poudre de verre constitue un liant qui permet de former un béton peu perméable, ce qui confère au matériau une très grande durabilité », indique Arezki Tagnit-Hamou, titulaire de la Chaire SAQ, pour qui le nouvel ajout cimentaire est promis à un bel avenir.

 

D’ailleurs, la société Tricentris travaille déjà à la mise en marché de la technologie développée par la Chaire SAQ. En vertu d’une licence d’exploitation obtenue de la SOCPRA (Société de commercialisation et valorisation de l’Université de Sherbrooke), elle la commercialisera au Canada et dans le nord-est des États-Unis. La poudre de verre sera produite dans une usine de micronisation qui verra le jour, dans les prochains mois, sur le site du centre de tri qu’exploite l’entreprise à Lachute.

 

L’innovation en vitrine

Dans l’intervalle, la SAQ a entrepris d’expérimenter et de mettre en valeur le fruit de la recherche de la Chaire en l’appliquant dans ses succursales lorsque la situation s’y prête, soit lorsqu’elle doit refaire une dalle ou encore dans le cas d’une nouvelle construction. Dans la mesure où une entente peut être conclue en ce sens avec le locateur – la Société loue ses espaces commerciaux dans une proportion de 99 %.

 

À ce jour, la SAQ intègre la poudre de verre à la hauteur de 20 % dans les dalles non structurales de ses succursales. Depuis l’an dernier, elle y incorpore également 70 % d’agrégats (14 mm) de verre mixte recyclé, une pratique permettant non seulement d’éviter l’utilisation de matières calcaires, mais aussi d’ajouter une touche esthétique toute particulière aux planchers de béton de ses aires de vente. Ainsi, après un meulage avec un produit au lithium laissant les granulats apparents, le fini du béton reflète celui du terrazzo.

 

Au terme de son présent exercice budgétaire, qui se terminera en mars 2013, la SAQ vise à ce que plus de deux millions de bouteilles aient été incorporées dans les dalles de ses succursales, parmi lesquelles figurent des établissements situés à Kirkland, Rouyn-Noranda, Magog et Jonquière pour couper court à l’énumération. « Nous voulons favoriser l’intégration de la poudre et des agrégats de verre mixte recyclé dans les bétons, note Cédéanne Simard, et c’est pourquoi nous en exposons le résultat en vitrine dans nos succursales.

 

« Il y a aussi qu’en réintroduisant les bouteilles dans les planchers de nos succursales, poursuit l’architecte, nous pouvons ainsi boucler la boucle du cycle de vie du verre que l’on met sur le marché. Sans oublier que nous pouvons ainsi appliquer une solution qui se révèle à la fois performante et durable. »

 

Outre le fait que la poudre de verre affiche un contenu 100 % recyclé, l’analyste en développement durable de la SAQ note que son utilisation partielle dans le béton permet d’éviter les émissions de gaz à effet de serre qui seraient autrement générées par la production du ciment. Et qu’il en va de même si on la privilégie aux cendres volantes pouvant également être employées comme ajout cimentaire, le transport de ces déchets qui ne sont pas disponibles au Québec s’accompagnant lui aussi d’une facture de CO2.

 

« C’est sans compter que la finition des dalles incorporant de la poudre et des agrégats de verre dans les succursales de la SAQ, souligne Cédéanne Simard, permet une réduction de matériaux puisqu’il n’est pas requis d’y apposer un couvre-sol. Tout comme elle évite l’emploi de produits nettoyants, l’eau suffisant au lavage des planchers. »

Équipements, produits et matériaux

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