Fenestrations et crédits LEED : des changements envisagés

Par François Cantin, M. Sc. Arch.
Fenestrations et crédits LEED : des changements envisagés

Sur le plan psychologique, une vue sur l'extérieur par le biais d'une fenestration adéquate a le potentiel d'ajouter énormément de valeur et de qualité aux environnements bâtis. La possibilité d'une vue sur l'extérieur est d'ailleurs souvent associée à une augmentation du niveau de satisfaction des occupants. Une corrélation entre la présence d'une fenêtre et une productivité au travail accrue est parfois même évoquée. Mais qu'en est-il vraiment ?

 

Ce que révèlent les études sur le sujet

Dans le cadre d'une recension de la littérature portant sur l'impact des fenêtres en milieu de travail [1], des chercheurs du CNRC ont répertorié les études démontrant que la présence de fenêtres influence positivement et de manière significative le niveau de satisfaction perçue par les occupants. Dans les faits, des études ont conclu que l'accès à une ou plusieurs vues sur l'extérieur contribue à augmenter la satisfaction au travail, l'intérêt porté à ce dernier, le niveau de productivité perçu, et ce, tout en améliorant la rétention du personnel. De plus, il a été démontré que les occupants préfèrent des vues donnant sur un contexte naturel à des vues donnant sur un milieu bâti. Au final, la possibilité d'avoir aisément et constamment de l'information en ce qui a trait aux conditions climatiques extérieures constitue, pour la majorité des occupants sondés, l'avantage principal offert par une fenêtre.

 

Bien que plusieurs recherches aient étudié la relation complexe unissant les occupants et une vue sur l'extérieur, aucune corrélation entre une augmentation de la productivité et une vue sur l'extérieur n'a pu être observée [2]. Bien au contraire, la présence d'une fenêtre a plus de chances d'être associée à une baisse de productivité, car elle peut s'avérer une source d'inconfort visuel (éblouissement) et thermique (asymétrie thermique) [3]. Ainsi, au-delà de l'effet positif perçu par les occupants, rien ne peut encore être énoncé avec certitude en ce qui a trait à une productivité accrue. Ceci étant dit, les nombreux bienfaits psychologiques répertoriés suffisent amplement pour justifier l'importance d'offrir des vues de qualité aux occupants.

 

LEED et les vues de qualité

Actuellement, dans le cadre d'une accréditation LEED NC (nouvelle construction), le crédit QEI 8.2 est octroyé lorsque 90 % des espaces régulièrement occupés d'un bâtiment offrent une vue sur l'extérieur. Toutefois, notons que la documentation LEED définit une vue comme étant une simple connexion avec l'extérieur. Ainsi, à titre d'exemple, offrir une vue sur le mur d'un bâtiment voisin localisé à 10 pieds d'une fenêtre est pour le moment suffisant pour obtenir le crédit. Dans la lignée de la littérature précédemment recensée, les premières ébauches et réflexions entourant la version 2012 de LEED laissent cependant présager certaines modifications mineures au crédit associé aux vues sur l'extérieur. Pour l'instant rebaptisé vues de qualité, le crédit exigerait maintenant que les occupants puissent observer des objets localisés à plus de 25 pieds de la fenêtre et que la vue contienne entre autres des plantations, de la faune, une portion de ciel ou encore des objets en mouvement.

 

Bien que cette proposition préliminaire constitue une amélioration, il importe de mentionner que des modifications plus importantes ont été envisagées. En effet, les premières ébauches relatives à ce crédit prévoyaient des exigences limitant la distance séparant les occupants et les fenêtres et s'assurant que les dimensions de celles-ci soient bien calibrées. Malheureusement, il semblerait que cette vision ait été mise de côté, pour le moment du moins. Quoique plus restrictives et plus exigeantes à mettre en œuvre, de telles exigences auraient certes contribué à ajouter encore plus de valeur aux environnements intérieurs. D'ici l'adoption officielle de critères plus rigoureux, il faudra donc se fier à la sensibilité des concepteurs et à leur capacité à offrir des environnements maximisant un contact visuel pertinent avec l'extérieur.

 

1. Farley, K., Veitch, J. (2001), A Room with a View: A Review of the Effects of Windows on Work and Well-Being, CNRC, rapport no. IRC-RR-136.

2. Stone, N. J. (1998), Windows and environmental cues on performance and mood. Environment and Behavior, vol. 30, no. 3, pp. 306-321.

3. Aries, M., Veitch, J., Newsham, G. (2010), Windows, view, and office characteristics predict physical and

psychological discomfort, Journal of Environmental Psychology, vol. 30, pp.533-541.

 


L’auteur est stagiaire en architecture chez Coarchitecture (anciennement Hudon Julien Associés), bénévole au sein de la section du Québec du CBDCa et membre d’ECOOP, une coopérative offrant divers services de consultation en science du bâtiment.


Section du Québec du Conseil du bâtiment durable du Canada

 

Cette chronique est parue dans l’édition du jeudi 26 juillet 2012 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !

Publié le

30 juillet 2012

Pratiques et innovations

Commentaires

Il existe déjà des soltuions afin d'éliminer/ réduire les aspects négatifs dû à une grande fénestration tel que éblouissement et froid/chaud.

 

Il est possible d'appliquer cette solution sur du vitrage existant à l'extérieur comme à l'intérieur!

 

Alexandre Delisle

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