Immeubles de bureaux – Facteurs de confort et de satisfaction

Par François Cantin, M. Sc. Arch.

Il est estimé que pour un immeuble de bureaux standard, un peu plus de 80 % des coûts globaux sont consacrés aux salaires et aux bénéfices accordés aux employés qui l'occupent [1]. Ainsi, dans la mesure où il est accepté que le taux de satisfaction des occupants et leur niveau de productivité sont étroitement liés, prendre action afin d'assurer un haut niveau de satisfaction apparaît comme étant une approche durable à la fois sur le plan social et économique. Mais pour ce faire, encore faut-il connaître les différents facteurs influençant le confort et la satisfaction des occupants...

 

Interrelation des facteurs

Dans le cadre d'un exercice rigoureux de recension des écrits, Monika Frontczak et Pawel Wargocki [2] ont répertorié et analysé divers travaux de recherche portant sur le sujet et comparé les résultats de ces derniers afin d’identifier les facteurs influençant le confort des occupants d'immeubles de bureaux. D'emblée, ils soulignent la complexité et l'envergure de la tâche à laquelle ils se sont attaqués. En effet, il ne s'agissait pas uniquement de lister les facteurs à considérer, mais bien d'identifier ceux ayant le plus d'impact sur le niveau de confort afin de pouvoir éventuellement encadrer une analyse de la valeur dans le cadre d’un travail de conception. À la suite de la recension, les auteurs ont pu dégager les conclusions suivantes :

 

  • Offrir un environnement de travail confortable sur le plan thermique est souvent considéré par les occupants comme étant le facteur ayant le plus d'impact sur leur niveau de satisfaction ;
  • Donner aux occupants la possibilité de contrôler leur environnement et d'interagir avec celui-ci améliore significativement les niveaux de confort thermique et visuel perçus ;
  • Le type de bâtiment, les conditions climatiques extérieures ainsi que les saisons influencent le confort thermique ;
  • Bien que les recherches portant sur les facteurs non environnementaux soient peu nombreuses, il est prudent d'affirmer que la perception de la qualité de l'air peut être influencée par l'atmosphère psychosociale au travail et le stress découlant des tâches à accomplir et que le confort visuel est influencé par l'âge des occupants ainsi que le type de travail effectué.

 

Du cas par cas (autant que possible)

En examinant avec soin les conclusions des différents travaux recensés, les auteurs ont pu relever plusieurs éléments forts intéressants. À titre d'exemple, l'impact de différents facteurs peut varier en fonction du sexe des occupants. Ainsi, les femmes accorderaient plus d'importance à l'éclairage en comparaison aux qualités acoustiques d'un espace, alors que les hommes accorderaient plus de valeur à l'acoustique qu'à l'éclairage [3]. De plus, l'emplacement du poste de travail semble influencer les priorités des occupants en ce qui a trait à leur confort. Les employés occupant les zones à proximité des fenêtres accorderaient plus de valeur aux conditions thermiques qu'aux conditions lumineuses de leur environnement, tandis que les occupants logés au centre du bâtiment et relativement éloignés des fenêtres préfèreraient l'éclairage à l'aspect thermique [4]. Idéalement, les solutions de contrôle offertes aux occupants devraient donc être planifiées au cas par cas, ce qui ajoute au défi des concepteurs.

 

En complément à la recension menée par Frontczak et Wargocki citée précédemment, notons les conclusions d'une étude postoccupationnelle menée par Choi et al. auprès des occupants de 20 immeubles de bureaux [5]. Encore ici, la qualité thermique des environnements de travail s'avère le facteur auquel les occupants accordent le plus de valeur. Concernant spécifiquement cet aspect, les auteurs notent que l'asymétrie thermique pouvant être occasionnée par des températures variées de surface (murs extérieurs vs surfaces intérieures) doit être minimisée autant que possible. Les résultats obtenus dans le cadre de cette étude permettent aussi de questionner les standards en éclairage et de militer en faveur de l'installation d'appareils d'appoint dans chacun des postes de travail. Ces appareils permettraient aux occupants, en complément du traditionnel éclairage ambiant distribué par les appareils localisés au plafond, de profiter d’un éclairement adéquat en tout temps.

 

...et l'aspect psychologique...

La dimension psychologique du confort joue aussi un rôle fondamental en ce qui a trait au bien-être des occupants. Malheureusement, à titre d'exemple, une notion telle que la territorialité en milieu de travail demeure un concept relativement flou. Dans les faits, le confort perçu par les occupants est fortement influencé par une multitude de facteurs personnels, sociaux et environnementaux (relatifs aux bâtiments). De plus, les relations unissant ces facteurs sont pour le moins complexes.

 

Il n'est donc pas surprenant de constater que de nombreux projets de recherche portant sur le confort au sein d'immeubles de bureaux ne parviennent pas encore à proposer des pistes de solutions concrètes pouvant garantir un confort optimal. C’est le cas entre autres du projet HOPE [6], et ce, malgré plus de 5 700 personnes sondées !

 

1-Walden, R. (2005) Assessing the performance of offices of the future, dans Preiser, W., Vischer, J. (eds), Assessing Building Performance, Elsevier : Oxford, pp.118-127.

2- Frontczak, M., Wargocki, P. (2011), Literature survey on how different factors influence human comfort in indoor environments, Building and Environment, vol. 46, no 4, pp. 922-937.

3- Choi, JH., Aziz, A., Loftness, V. (2009) Decision support for improving occupant environmental satisfaction in office building, In Proceedings of the 9th International Conference Healthy Buildings, Syracuse, NY, États-Unis (paper 747).

4- Idem

5- Choi, JH., Loftness, V., Aziz, A. (2012) Post-occupancy evaluation of 20 office buildings as basis for future IEQ standards and guidelines, Energy and Buildings, vol. 46, pp. 167-175.

6- Bluyssen, P., Aries, M., Dommelen, P. (2011) Comfort of workers in office buildings: The European HOPE project, Buildings and Environment, vol. 46, no 1, pp.280-288.

 


L’auteur est stagiaire en architecture chez Coarchitecture (anciennement Hudon Julien Associés), bénévole au sein de la section du Québec du CBDCa et membre d’ECOOP, une coopérative offrant divers services de consultation en science du bâtiment.

Section du Québec du Conseil du bâtiment durable du Canada

 

Cette chronique est parue dans l’édition du vendredi 22 juin 2012 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !

Publié le

10 juillet 2012

Pratiques et innovations

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