Isabelle Narayana : pour trouver sa route, il faut s'écouter

8 avril 2013
Par Dominique Lemoine
Isabelle Narayana : pour trouver sa route, il faut s'écouter

Après avoir été pompiste, gardienne d'enfants, serveuse, être devenue agronome, avoir travaillé sur des fermes, avoir obtenu une maîtrise en biologie, essayé le métier d'horticultrice-jardinière, c'est à la fin de la trentaine qu'Isabelle Narayana a décidé de s'écouter elle-même et de réaliser son rêve de petite fille: être plombière. Dix ans plus tard, à 50 ans, son seul regret est de ne pas l'avoir fait plus tôt.

 

« Je savais que je voulais être plombière depuis l'enfance. Mais c'est la société qui te dicte où aller. J'avais de bonnes notes à l'école, donc on me disait d'aller à l'université. Je voulais faire un métier, donc on m'a dit que le seul métier pour les femmes c'était dans les fleurs », se souvient-elle.

 

Fascinée par la plomberie

Étrange de vouloir devenir plombier quand on est une petite fille ? Pas tellement si déjà, comme elle, on comprend l'importance et l'utilité de l'eau. « Je trouvais magique que l'eau entre dans la maison et merveilleux qu'on la transporte et qu'elle jaillisse au besoin ». Elle demandait à sa mère s'il y avait un lac sous la maison et elle posait des questions au concierge de son école sur les tuyaux qu'elle voyait.

 

Rejetée par les garçons parce qu'elle était une fille et aucunement intéressée par les conversations et les jeux des filles, elle se sentait différente déjà. Après l'université, œuvrant en agriculture en Alberta, les tracteurs et l'irrigation lui ont fait apprécier un rapprochement avec le métier de plombier. Mais ce n'était pas encore ça. « J'étais plus ou moins heureuse et on ne me laissait pas conduire les tracteurs. »

 

Plus tard jardinière pour la Ville de Montréal, un sentiment de déjà vu... « Les autres discutaient de fleurs avec passion et elles adoraient ça, mais moi ça me laissait indifférente. Je plantais et j'arrosais les fleurs, mais c'est tout. Tout ce que j'aimais c'était conduire les camions. J'étais faite pour autre chose. »

 

Début d'un temps nouveau et expérience positive

Lasse de l'agencement des couleurs, on lui a dit qu'elle pouvait enseigner grâce à ses bons résultats pendant ses études. Mais elle sentait ne pas être faite non plus pour les laboratoires et bibliothèques. Puis, surprise, de tests d'aptitudes avec un orienteur surgit un métier : plombier ! Avec ses notions d'irrigation donc, direction École des métiers de la construction de Montréal, pour un DEP en plomberie-chauffage !

 

Elle a même réussi à satisfaire son intérêt pour la conduite de tracteurs en devenant aussi chauffeuse et opératrice de machinerie lourde pour la Ville de Montréal. Après son DEP, elle dit avoir obtenu son certificat de compagnon et ne pas avoir eu de difficulté à être embauchée ni à être gardée sur les chantiers. « J'ai été chanceuse, je sais qu'il y a des histoires plus compliquées, mais pour moi ça s'est très bien passé ».

 

Femmes en construction

À celles qui s'intéressent à la construction, elle suggère d'y entrer en oubliant dans leur tête qu'elles sont des femmes, en étant sérieuses et en insistant pour faire toutes les mêmes tâches que les autres. « Moi, j'avais oublié. J'étais plombière, c'était ma vie et je faisais ce que j'aimais. Et quand je fais ce que j'aime je suis encore meilleure. Maturité et absence de la peur du ridicule viennent sur le tard », convient-elle.

 

Ses compétences et son expérience passée de travail dehors avec des hommes lui ont cependant permis de tuer dans l'œuf les niaiseries qui auraient pu affecter son estime plus jeune : « ça aurait été plus difficile, il y a toujours des frustrés dans la vie ». Mais elle dit ne pas y accorder trop d'importance et avoir été surprise agréablement. « J'ai été chanceuse et je suis tombée sur de bonnes compagnies. »

 

Donner l'exemple sur les chantiers

Même qu'un employeur craignant problèmes et plaintes ne voulait pas qu'elle soit seule avec un ou des collègues dans certains endroits. « Mais il a vu qu'il n'y avait pas de danger, c'était juste comique. »  Elle précise ne pas avoir eu trop d'ennuis, car « personne n'a le temps de niaiser sur les chantiers ». Rendre service est sa motivation. Elle dit profiter de chaque présence sur un chantier pour montrer l'exemple.

 

Mais elle déplore un isolement ou une solitude par rapport aux autres. « Les gars connaissent des tas de choses qu'ils partagent autour d'une bière après le travail. Parfois on y va aussi, mais on devient jamais autant amis avec eux qu'ils le deviennent entre eux. » Elle se retrouvait alors parfois encore en situation de devoir parler mode et magasinage pendant que les connaissances et contacts des autres avançaient.

 

Elle a réussi cependant à être acceptée et traitée comme un membre de l'équipe par les intervenants de chantiers, surtout sur le plan technique. « J'étais passionnée et je voulais tout faire (résidentiel, rural, commercial...) et tout savoir. Je me tenais donc à jour en prenant plusieurs cours (vapeur, mazout...) ». Une légère erreur peut-être, selon elle, qui s'est rendu compte plus tard de l'intérêt d'avoir une spécialité.

 


Vous connaissez une collègue ayant un parcours original ou remarquable dans l'industrie ? Communiquez avec nous. Elle pourrait faire l'objet de notre prochain portrait de Femmes en construction !

Femmes en construction

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Commentaires

J'encourage Isabelle a continuer sa lutte contre la Saaq. Elle a raison de se battre.

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