Maison symphonique de Montréal – Œuvre silencieuse pour orchestre

Par Benoit Poirier
Maison Symphonique de Montréal

Le défi était de taille. Construire une salle de concert de classe mondiale à un endroit où foisonne et s’exprime la culture dans tous ses états, dans un environnement urbain toutefois cacophonique qui laisse peu de place au recueillement.

 

Proximité du métro et de la Place des festivals, stationnement souterrain, va-et-vient ininterrompu de véhicules sur les artères environnantes, notamment sur la rue Saint-Urbain où se situe l’entrée principale du bâtiment, voire le passage inopiné d’un hélicoptère ou simplement le bruit ambiant des systèmes de ventilation.

 

Tout concourait à rendre ardu sinon impossible l’aménagement d’une chapelle musicale apte à satisfaire les plus hauts standards acoustiques et scénographiques.

 

Sonorité et esthétique

« L’acoustique n’est pas une science exacte. Donc tout peut influencer le comportement et la performance acoustique d’une salle », observe Charles Chebl, vice-président et directeur général, SNC-Lavalin Construction, gestionnaire du projet.

 

On peut noter en premier lieu la géométrie de l’enceinte en forme de « boîte à chaussure », donc étroite, haute et longue. Cette configuration accroît la qualité de l’acoustique en plus de permettre une relation plus intime entre les artistes et le public, celui-ci étant disposé sur plusieurs niveaux tout autour de la scène.

 

« Il y a la forme de la salle qui est importante, la nature des matériaux qu’on utilise ; il y a la configuration de toutes les composantes à l’intérieur de la salle qui font en sorte qu’une salle va bien performer », mentionne Charles Chebl.

 

C’est ainsi que les concepteurs ont choisi d’isoler l’auditorium du stationnement, puis des tours nord et sud du bâtiment. La première loge les bureaux, les salles de répétition, les vestiaires, etc. ; la seconde constitue l’entrée principale, le foyer.

 

Maison symphonique

Le principe retenu est celui de « la boîte dans la boîte ». La première, enrobée d’un joint acoustique, est complètement détachée de la seconde. Elle n’y est jointe qu’à divers points d’ancrage, verticaux et latéraux, à l’aide d’isolateurs acoustiques en caoutchouc et en acier qui empêchent la transmission du bruit et des vibrations.

 

« Beaucoup de recherche et d’essais ont été faits pour en arriver à la conception de ces isolateurs. Évidemment, il y a des sas avec deux portes massives, que ce soit au niveau des loges ou de l’entrée principale. De cette façon, lorsqu’on ferme les portes, il n’y a rien qui est transmis de l’extérieur vers l’auditorium », fait remarquer Charles Chebl.

 

Bois, béton, verre, mobilité et réflexion

L’ensemble architectural de l’auditorium comprend divers éléments réglables ; le plafond est notamment constitué de réflecteurs acoustiques dont neuf sont mobiles. Ceci permet de régler la configuration de l’auditorium selon le type de prestation présentée.

 

« Ce sont des réflecteurs immenses ! C’est du bois massif qui pèse jusqu’à 25 tonnes, vous savez. Ils sont suspendus du plafond, en fait du comble technique qu’on ne voit pas de la salle, avec un système de treuils, de poulies de renvoi qui permettent d’ajuster la hauteur de ces réflecteurs en fonction des besoins, explique Charles Chebl. On ne pouvait pas mettre du plâtre ordinaire ; on a mis du bois massif. Ça prend de la masse, il faut que ce soit rigide, solide pour permettre à l’onde sonore de se propager et de réfléchir sur les différentes parois ! »

 

Pas moins de 70 % des surfaces de l’auditorium, à l’exception du plafond, sont recouvertes de bois de hêtre provenant de forêts certifiées FSC. Il s’agit d’une palette monochrome avec alternance de finis brut et lustré avec insertions de panneaux de plâtre.

 

Le but est de permettre une diffusion égale de toutes les gammes de fréquences et de diriger le son vers le centre du parterre, qui est le plus difficile à alimenter, indique Charles Chebl.

 

Enfin, l’enceinte est entourée de deux murs de maçonnerie et de deux dalles de béton pour le toit. « En réalité, structuralement parlant, on a besoin d’une seule dalle. Mais pour assurer une protection acoustique à l’intérieur de l’auditorium, on a mis deux dalles, avec un comble technique entre les deux. C’est la masse, c’est vraiment la masse qui permet d’isoler l’intérieur », précise Charles Chebl.

 

Divers autres éléments contribuent à la performance acoustique de l’ensemble ; l’enveloppe, composée de maçonnerie, mais aussi de trois rangs de verre pour freiner le bruit extérieur. Les bruits de fond venant de la scène et des gradins se situent en deçà du seuil de perception de l’ouïe humaine.

 

Quant aux fauteuils, ils sont constitués d’une mousse très dense afin qu’ils n’absorbent pas ni n’amortissent les ondes sonores. Ceci est compensé lors des répétitions à l’aide d’un rideau pour simuler la présence humaine.

 

« Rien n’a été laissé au hasard. Ce sont plusieurs éléments qui font en sorte qu’on finit par atteindre un niveau acoustique élevé dans une salle. Mais à la base, c’est la configuration de la salle, c’est la géométrie, la volumétrie, les matériaux qu’on utilise. »

 

Confort climatisé

Ce type de construction n’est pas unique. À une innovation près : à Montréal, les acousticiens — Tateo Nakajima et Bob Essert, deux sommités mondiales — et SNC-Lavalin ont développé une technologie nommée tube digestif, qui permet d’isoler complètement l’auditorium des équipements mécaniques.

 

En outre, chaque siège dispose d’une alimentation climatisée indépendante. Ceci permet d’éviter tout bruit et tout mouvement d’air qui pourrait affecter la qualité sonore de la salle, en plus d’accroître le confort des spectateurs.

 

Apprivoiser la salle

 « Nous sommes très contents du résultat. Évidemment, les premiers commentaires étaient très positifs. Les musiciens, les musiciennes ont beaucoup apprécié. Parce que c’est très différent de la salle Wilfrid-Pelletier, qui est une salle beaucoup plus grande. La géométrie est complètement différente. Donc on n’a pas les mêmes comportements sonores », souligne Charles Chebl.

 

Maintenant, les musiciens doivent s’adapter à ce nouvel équipement. Ils y arriveront au fil des répétitions et des essais. « Ça prend un an avant d’apprivoiser une salle. »

 

Argent et Or

Près de 50 années se seront écoulées entre l’inauguration de la Place des Arts, en septembre 1963, et l’ouverture de la Maison symphonique, en septembre 2011.

 

Située au cœur du Quartier des spectacles, rappelons que la nouvelle salle de concert, dont la construction avait débuté en mai 2009, peut accueillir entre 1 900 et 2 100 mélomanes, 120 musiciens et jusqu’à 200 choristes. L’OSM y élit domicile 240 jours par année.

 

Cette nouvelle résidence de l’Orchestre symphonique de Montréal est le premier projet du domaine culturel à être réalisé en partenariat public-privé au Québec. Groupe immobilier Ovation (filiale de SNC-Lavalin), qui a été mandaté pour la gestion du projet de construction de la salle, assurera son entretien durant 27 ans pour ensuite la céder, en 2038, au gouvernement du Québec. La valeur de l’entente est de 259 millions $ (en dollars de 2011).

 

Déjà encensés pour l’expérience auditive et visuelle que l’enceinte procure, les concepteurs de la Maison symphonique se voyaient remettre, fin novembre 2011, le prix Or par le Conseil canadien pour les partenariats public-privé (CCPPP).

 

En lettres et en chiffres


 

Gérance de projet et gestionnaire immobilier jusqu’en 2038 : Groupe immobilier Ovation (SNC-Lavalin)


Architectes : Consortium Diamond and Schmitt Architects (DSAI) et AEdifica architectes, sous la direction de Jack Diamond

 

Consultants en acoustique et en scénographie :


Artec Consultants, sous la direction de Tateo Nakajima (projet auquel a également participé le fondateur de la firme new-yorkaise, le regretté Russel Johnson) 

 

Sound Space Design (Bob Essert) et Fisher Dachs Associates, sous la supervision d’Artec Consultants

 

Ingénierie : SNC-Lavalin


Orgue (livraison en 2014) : Casavant Frères, en collaboration avec Jack Diamond 

 

Capacité (auditoire) : 1 900 à 2 100 spectateurs (selon la configuration de la salle)

Capacité (scène) :120 musiciens et 200 choristes

Aire totale des surfaces : 19 187 mètres carrés

Volume de l’auditorium : 29 000 mètres cubes

 

Début des travaux : mai 2009

Inauguration : septembre 2011

Investissements : 259 M$

Publié le

20 février 2012

Pratiques et innovations

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