4 juin 2014
Par Mathieu Fleury, architecte, P.A. LEED BD+C

Si les caractéristiques reliées à la faible consommation d’eau et d’énergie sont intrinsèques à tout bâtiment durable, les matériaux utilisés pour sa construction le sont tout autant. En ce sens, les exigences du système de certification LEED encouragent l’utilisation de matériaux présentant certaines caractéristiques bien précises : pourcentage élevé de contenus recyclés et régionaux, faible émissions de composés organiques volatils (COV), etc.

 

Si ces qualités sont importantes, un consensus semble vouloir naitre au sein de l’industrie de la construction exigeant que les matériaux soient désormais évalués de manière holistique et non simplement en fonction d’un critère unique. Par exemple, un matériau de revêtement de plancher peut être à faible teneur en COV, contribuant ainsi à l’obtention d’un crédit LEED. Le fait que le matériau en question soit à base de produits pétroliers ou miniers, qu’il contienne des agents chimiques dangereux pour l’environnement et qu’il soit fabriqué dans un pays où les droits des travailleurs sont négligés ne le désavantage pas nécessairement par rapport à un matériau constitué de matières premières à impact environnemental moindre, équitablement fabriqué et sans composante toxique.

 

Le choix d’un matériau particulier à inclure dans une construction devrait être évalué de manière globale, en considérant ses impacts sur la santé humaine, sur l’environnement, et sur la société.

 

Beth Heider1, figure connue dans le domaine du bâtiment vert, femme inspirante et engagée dans le domaine de la construction durable, a affirmé que « Si vous créez un bâtiment parfaitement étanche et efficace énergétiquement et le remplissez de matériaux toxiques, vous créez la chambre à gaz parfaite. »

 

Cette pensée résume bien l’importance de la question du choix des matériaux. Au-delà de l’enjeu de la qualité des environnements intérieurs et de la santé humaine, il y a lieu de considérer la question dans une perspective plus large, dans laquelle la chaîne de production manufacturière joue un rôle de première importance dans l’amélioration de la qualité de notre environnement et de notre société, pour nous et pour les générations à venir.

 

La puissance de la transparence

Afin d’augmenter la qualité de nos bâtiments et de réduire les impacts environnementaux de ses activités, l’industrie de la construction, dans sa globalité, demande aux fabricants de matériaux de faire preuve de transparence, de s’asseoir à la table commune, et de contribuer à l’évolution, l’amélioration des pratiques. Pour ce faire, les caractéristiques des matériaux, leur contenu et leurs méthodes de fabrication doivent être divulguées, de façon structurée et standardisée, le tout validé par des tierces parties indépendantes.

 

Un peu de la même manière que l’industrie alimentaire donne accès à plusieurs renseignements vérifiables. Où le matériau a-t-il été produit et par qui ? Quelles matières entrent dans sa composition ? Est-ce que celui-ci présente des risques pour la santé humaine ? Est-ce que les travailleurs qui ont manufacturé le produit sont traités de manière équitable et juste ? Ce sont là des questions auxquelles les concepteurs et décideurs souhaitent obtenir des réponses, afin d’orienter leurs choix.

 

En ce sens, avec la nouvelle version de LEED (v4) qui devrait être en vigueur sous peu au Canada, les matériaux utilisés dans le cadre d’un projet pourront contribuer à l’obtention de crédits par le simple fait de divulguer l'information relative  à leurs impacts sur l’environnement et sur la santé. Cela signifie que même si un produit contient des substances cancérigènes et a une empreinte écologique colossale, théoriquement, il peut contribuer à l’obtention de crédits par le simple fait que le manufacturier soit transparent à ce sujet.

 

Ceci  soulève une certaine controverse au sein de l’industrie, plusieurs affirmant que de révéler de l'information sur un produit de piètre qualité n’est pas digne de mérite ou de reconnaissance. Certains manufacturiers y sont également réticents, clamant le secret industriel, directement lié à la rentabilité. Cependant, il est possible d’argumenter que la transparence entraîne ou favorise nécessairement l’amélioration.  

 

En effet, les compagnies manufacturières, en déclarant publiquement et de manière standardisée le contenu de leurs produits et les impacts de ceux-ci, vont faire la lumière sur certains aspects de leur production devant être améliorés. Ainsi, il est possible de croire que, dans un marché particulièrement compétitif, dans lequel les concepteurs sont très sensibles à ces enjeux, le fait de rendre cette information importante accessible constituera un incitatif puissant favorisant l’amélioration de la performance environnementale et sociale des matériaux de construction.

 

Est-ce que l’industrie est prête pour ce changement majeur dans la manière dont l’information est partagée ? Est-elle prête à changer ses méthodes et pratiques afin de rehausser la valeur et la beauté des matériaux constituant le détail de notre architecture ? Le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa) augmente continuellement et régulièrement les critères de son système de pointage. Il s’agit du concept de Leadership : les projets visant la certification doivent être innovateurs et se positionner comme chef de file de l’industrie. Seul l’accès à une information complète et transparente peut permettre aux concepteurs et rédacteurs de devis de prendre des décisions éclairées dans l’objectif d’améliorer la qualité de notre environnement bâti, de nos vies.

 

Désormais, les matériaux seront évalués selon une approche intégrée, en considérant leur cycle de vie complet. Il n’est plus suffisant d’évaluer la performance d’un matériau en suivant un unique critère : il est maintenant essentiel de connaître quels en sont les ingrédients, quel en est le réseau d’approvisionnement en matières premières et en quoi consiste son processus de fabrication.  

 

De par ce partage de l'information et une demande grandissante pour des matériaux à valeur ajoutée, le travail exceptionnel fait par les manufacturiers pour constamment améliorer leurs produits contribuera à rendre notre industrie plus verte et plus responsable, afin de construire un futur plus durable, plus sain, plus équitable, plus intelligent et plus beau.

 

1. http://www.usgbc.org/people/beth-heider/0000015711


L’auteur est architecte pour la firme Vachon & Roy, à Gaspé : mfleury@vachonroyarchitectes.com.

Conseil du bâtiment durable du Canada - section du Québec

Cette chronique est parue dans l’édition du mardi 29 avril 2014  du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !