Quitter la niche

21 novembre 2017
Par Léa Méthé Myrand
Alejandro Montero, président de Tergos Construction. Photo : Louise Leblanc

Importance de l’image oblige, Tergos Construction affranchit sa raison sociale du terme « écologique ». L’étiquette qui a fait la réputation de l’entreprise de Québec était devenue trop réductrice.

Tergos, dont le nom comprenait auparavant la signature « Architecture et Construction écologique », s’est distancée cet été d’une partie du second terme. Le président, Alejandro Montero, estime que tous les constructeurs amélioreront tôt ou tard leurs pratiques environnementales et souhaite aujourd’hui se démarquer de ses pairs en fonction de paramètres plus classiques : rigueur de l’exécution, qualité du service à la clientèle, respect du budget et de l’échéancier.

 

Loin de désavouer les pratiques écologiques, Alejandro Montero désire simplement élargir le marché potentiel en évitant l’association que font certains entre « écologique » et « cher », ou « grano ». « On ne veut pas s’adresser uniquement aux convertis, mais aussi à ceux qui restent à convaincre, dit-il. On peut être fidèles à nos valeurs sans se vanter d’être écolo. On va continuer à pousser les pratiques durables le plus possible en fonction du mandat et des attentes ». Tergos peut d’ailleurs se targuer d’avoir concouru à l’obtention de dizaines de certifications LEED.

 

« Quand j’ai gradué du bac en architecture, se remémore le président, il n’y avait aucun entrepreneur pour mener à bien des concepts de bâtiments écologiques ». Tergos Construction écologique a donc été fondée en 2003 afin de réaliser, en mode conception-construction, les mandats de Tergos Architecture, la firme qu’il avait cofondée deux ans auparavant avec Geneviève Mainguy.

 

Suivre sa propre trajectoire

Avec l’arrivée des associés Yann Grenier, en 2005, puis Sébastien Gaudreault, en 2014, la trajectoire de l’entreprise de construction a suivi sa propre tangente avec la réalisation de plusieurs maisons unifamiliales et, plus récemment, l’incursion dans la construction commerciale. Treize pour cent du volume d’affaires de l’entreprise proviennent aujourd’hui du secteur commercial, un développement prometteur qui a motivé la réflexion sur l’image corporative.

 

Tergos Construction connaît une croissance impressionnante, passant d’un volume d’affaires de deux millions $ en 2016 à une prévision de 3,2 millions $ pour 2017. L’équipe, formée de trois employés administratifs et sept travailleurs de la construction, développe depuis 2010 une expertise dans l’assemblage de structures en bois d’ingénierie.

 

« Bien qu’on ait monté jusqu’ici six ou sept projets de résidences en bois lamellé-croisé, le projet de la gare fluviale de Lévis complété en 2015 a contribué à mettre en valeur ce service et nous a menés à un autre niveau. » Dirigé par l’entrepreneur général Les Constructions Béland et Lapointe, le projet a obtenu le prix Marcus Vitruve de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ), décerné pour le défi technique et technologique, ainsi que la certification LEED de niveau Argent.

 

Pavillon de l’agriculture biologique du Cégep de Victoriaville. Photo de Tergos Construction

 

À titre de sous-traitant spécialisé dans l’assemblage de la structure, Tergos a depuis enchaîné les mandats du centre civique de Dollard-des-Ormeaux, du siège social de Creaform à Lévis, du pavillon du Parc de la rivière des Mille-Iles à Saint-Eustache, et du pavillon de recherche en agriculture biologique du cégep de Victoriaville.

 

Bien s’équiper

Pour mener à bien ces projets à structure de bois lamellé-croisé (CLT) qui s’assemble comme des jeux de blocs, Tergos a équipé son surintendant d’un ordinateur portable « blindé » pour les conditions de chantier, muni de la dernière technologie logicielle, dont Cadworks. Cela permet à l’équipe sur le terrain de s’intégrer au processus BIM et de visualiser les plans et pièces de structures comme le font les ingénieurs.

 

Tergos travaille également avec des outils informatiques conçus pour les arpenteurs qui permettent notamment de géolocaliser les axes de structure. « Dans le cas du cégep de Victoriaville, le silo hexagonal devait être placé précisément en relation avec le reste de la bâtisse, explique Alejandro Montero. L’utilisation d’outils performants nous permet d’y arriver au degré près, c’est très satisfaisant. »

 

La croissance de l’entreprise et l’intérêt du secteur commercial incitent l’entrepreneur à envisager d’ici cinq ans la division du travail en trois équipes distinctes, dont une vouée à la rénovation résidentielle majeure, une à la maison neuve et une à l’érection de structures de bois lamellé-croisé.

 

Afin d’outiller son équipe pour qu’elle fournisse des performances optimales, Tergos investit constamment dans la formation. La construction en bois d’ingénierie comporte en effet des enjeux spécifiques au chapitre de la manipulation de la machinerie. Par ailleurs, Tergos accorde toujours la même importance à l’efficacité énergétique et continue de former ses travailleurs aux pratiques d’excellence en bâtiment durable.

 

La norme Novoclimat 2.0 constitue un minimum pour l’entreprise qui propose aussi ses services pour bâtir selon toutes les certifications environnementales envisageables, dont Passivhaus et LivingBuilding Challenge.

 

Une expansion à l’horizon

Selon le président, c’est l’expertise de son équipe en efficacité énergétique dans les climats nordiques qui permettra à l’entreprise de s’implanter dans de nouveaux territoires. M. Montero se voit bien conquérir un rayon de 800 km autour de Québec, en commençant avec l’ouverture d’un bureau de consultation à Montréal, prévu d’ici deux ans. « L’expertise en conception et construction bioclimatiques est très valorisée aux États-Unis, où l’électricité coûte cher et l’efficacité énergétique prend tout son sens. Il y a là-bas une véritable plus-value sur les maisons certifiées écologiques. »

 

Plus près de chez lui toutefois, Alejandro Montero envisage pour Tergos Construction une vocation additionnelle, celle d’agir comme conciergerie écologique pour son parc immobilier locatif au centre-ville de Québec. La modeste collection de 15 logements de Tergos Gestion pourrait bien croître jusqu’à 100 dans un horizon de 10 ans.

 

L’idée de fournir du travail à l’équipe de menuisiers tout en constituant un portefeuille immobilier propre à l’entreprise a tout pour plaire à l’homme d’affaires. « Dans les immeubles existants, il ne s’agit pas de faire des transformations majeures, mais d’effectuer au fil du temps des améliorations quant à l’efficacité énergétique et au confort des occupants. C’est un exercice de maintien d’actif écologique et de conservation du patrimoine bâti, en plus d’une manière sporadique d’alimenter les deux autres entreprises», dit-il.

 

Fidèle à ses origines, Tergos Construction demeure l’entrepreneur général de référence pour son entité jumelle Tergos Architecture. Toutes deux se partagent le siège social situé sur la rue des Commissaires, et deux de leurs projets communs sont soulignés par des nominations aux Mérites d’architecture 2017de la Ville de Québec.

 

De la fratrie originelle, les valeurs environnementales communes et la collaboration persistent. Les jumelles devenues autonomes tracent aujourd’hui leur chemin en parallèle, mais les succès sont toujours au rendez-vous et sont célébrés en famille !

 

 

FINANCES FLUIDES

En affaires comme en anatomie, les poussées de croissance s’accompagnent parfois de certains maux. « Il faut apprendre à gérer les flux de trésorerie, car c’est un défi de financer la croissance. Si on va trop vite, ça peut frapper dur ; les institutions de la construction ne souffrent pas d’attendre, observe Alejandro Montero. Il faut demander du crédit avant d’en avoir besoin et entretenir de bons rapports avec les clients et leurs institutions financières pour être payé promptement. »

 

EN AVANT LE BOIS !

Tergos Construction affectionne tellement le bois d’ingénierie lamellé-croisé qu’elle en a confectionné son kiosque destiné aux salons de l’habitation. « C’est un produit qu’on veut mettre en valeur, dit le président. C’est chic, c’est produit grâce à des pratiques forestières durables, ça confère une stabilité hors pair et ça donne des maisons très efficaces. » Les menuisiers de Tergos adorent travailler avec ce matériau qui leur offre une satisfaction rare ; celle de pouvoir reproduire les dessins d’architecture au millimètre près. « C’est le matériau de construction qui incarne la nouvelle maison écologique québécoise ! »

Ressources humaines et affaires

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