La STM transportée par d'ambitieux projets de développement

29 mars 2019
Par Marie Gagnon
Le futur Centre de transport (CT) Bellechasse

L’année 2019 sera particulièrement riche en investissements à la Société de transport de Montréal (STM). Et les années à venir s’annoncent tout aussi prometteuses.

Un vent de renouveau souffle sur la STM. Après plus de dix ans d’investissements massifs dans le maintien de ses infrastructures, la Société de transport de Montréal entre dans une nouvelle phase de développement qui métamorphosera les transports par bus et par métro à Montréal. Le programme est d’une telle ampleur que le budget alloué aux infrastructures dans son Plan stratégique organisationnel (PSO) 2025 a été majoré de 5 milliards de dollars (G$) en 2017, pour atteindre 13 milliards.

 

Ces nouveaux subsides serviront à concrétiser des projets attendus depuis des décennies pour améliorer la mobilité à Montréal. On pense notamment au SRB Pie-IX, au prolongement de la ligne bleue et à la mise en service du Réseau express métropolitain (REM). Sans oublier la mise en oeuvre d’une stratégie d’accueil pour héberger 300 nouveaux bus hybrides, stratégie qui passe par deux nouveaux centres de transport et l’agrandissement de trois autres centres.

 

Le service rapide par bus (SRB) sur le boulevard Pie-IX serait opérationnel en 2022. Image de Société de transport de Montréal

 

« Oui, on consacrera encore beaucoup d’argent au maintien des infrastructures dans les prochaines années, mais on a aussi une dizaine de projets de développement à court et à moyen terme, certains sont planifiés, pour les autres il reste à en déterminer l’échéancier, confie le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb. Avec les investissements massifs en transport annoncés par les différents gouvernements, on peut maintenant se permettre d’accélérer la cadence et de devancer certains projets structurants. »

 

Tabler sur les acquis

Par projets structurants, Philippe Schnobb entend des chantiers qui propulseront le transport collectif dans l’ère de la mobilité intégrée et durable. Et qui contribueront à bonifier l’offre de services, tant par voie terrestre que souterraine. De plus, comme bien des infrastructures construites dans les années 1960, celles de la STM ont grand besoin d’être rénovées. Un bilan exhaustif de l’état des actifs a d’ailleurs établi à 4,1 G$ le déficit d’entretien accumulé au cours des dernières décennies.

 

Pour combler ce retard, la STM a donc élaboré le plus ambitieux programme de maintien d’actifs de son histoire, soit 8 G$ sur 10 ans. Ce programme priorise certaines actions, dont la mise à niveau des équipements fixes et des actifs immobiliers du métro. De 2018 à 2023, la STM affectera ainsi 582,5 millions de dollars (M$) à la phase 4 de Réno-Systèmes, qui cible les équipements fixes du métro, les installations motorisées, les équipements de voie ainsi que les systèmes d’alimentation et de télécommunication. à la phase 2 de Réno-Infrastructure, un programme de 303,3 M$ sur cinq ans qui portera sur les composantes des stations (édicules, mécanique, membranes), les structures auxiliaires (composantes électriques, mécaniques, structurales), les tunnels (voûtes, murs, radiers, drains) et, enfin, les garages et les ateliers.

 

Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM). Photo de Catherine Legault

 

Conformément à sa politique d’accessibilité universelle, la STM s’est également engagée à injecter 25 M$ dans l’installation d’ascenseurs cette année. « On a aussi fait de l’accessibilité universelle du métro une de nos priorités à court terme, indique Philippe Schnobb. Notre objectif, c’est 41 stations accessibles en 2025. La première phase prévoit des ascenseurs dans 14 stations d’ici 2023, pour un budget total de 200 millions. »

 

La station Beaudry profitera pour sa part d’une cure de jouvence. Fermée depuis octobre, elle sera réhabilitée au cout de 23,3 M$. Les travaux s’échelonneront jusqu’en mars 2020 et toucheront les ouvrages structuraux et architecturaux de la station. L’installation d’ascenseurs y est toutefois exclue, la configuration profonde et étroite de la galerie comportant des difficultés techniques majeures. La STM procèdera cependant au remplacement de la membrane d’étanchéité qui en recouvre le toit, enfoui sous la rue Beaudry.

 

Faire de la place

Dans l’immédiat, la STM doit par ailleurs se préparer à accueillir 300 nouveaux bus hybrides climatisés. « C’est un ajout de 15 % par rapport à la flotte actuelle, précise Philippe Schnobb. Leur acquisition a été devancée à 2020, alors qu’elle était initialement prévue pour 2025. Il nous faut donc rapidement les infrastructures pour opérer et entretenir ces bus supplémentaires. »

 

Pour répondre à l’urgence de la situation, la STM a retenu divers scénarios. Le premier consiste à investir 162 M$ dans l’agrandissement de trois centres de transport (CT) : CT Saint-Laurent (+ 9 300 m2); CT Legendre (+ 6 400 m2); et CT Anjou (+ 9 400 m2). Cette solution, rapide et peu couteuse, sera mise en oeuvre dès ce printemps et complétée à temps pour accueillir 151 nouveaux bus en 2020.

 

Le deuxième scénario repose sur la construction du CT Bellechasse, programmée pour ce printemps. À terme, ce nouveau centre de transport de 254 M$ remplacera le CT Saint-Denis, construit en 1958 et fermé en janvier afin d’en refaire la toiture, un projet évalué à 20 M$. Il rouvrira ses portes en 2020 et maintiendra ses activités jusqu’à l’ouverture en 2022 du CT Bellechasse. Ce dernier aura une capacité d’accueil de 207 bus et sa conception permettra l’entretien de tous les types de véhicules – standards, hybrides, électriques.

 

Innover en transport

Fait intéressant, le CT Bellechasse sera le premier centre de transport souterrain en Amérique du Nord et le premier centre de transport multiétage au Canada. « Ce genre de bâtiment est habituellement construit de plain-pied, sauf qu’à Montréal les superficies sont restreintes, commente Guillaume Leroux, directeur de projet du CT Bellechasse. Pour nos besoins, on s’apprêtait à construire un édifice de cinq à six étages, qui aurait caché la vue sur le mont Royal. »

 

Avec le concours de Lemay et Associés, Guillaume Lemay et son équipe ont plutôt opté pour une conception souterraine afin de limiter l’empreinte au sol. Le futur CT sera ainsi composé d’un bâtiment administratif de trois niveaux hors sol en forme d’anneau et d’un atelier souterrain de trois niveaux plongeant à 18 mètres (m) de profondeur. En tout, 61 750 m2 de superficie, dont 53 250 m2 pour les ateliers seulement. Et des défis à la tonne.

 

« Pour faire des gains d’espace d’un niveau à l’autre, on a imaginé des rampes en demi-lune, rapporte Guillaume Leroux. Ça va corser les travaux d’excavation et de construction, parce qu’il y a un niveau d’inclinaison à respecter. On prévoit aussi des excavations massives dans un roc de très bonne qualité, sans parler de la hauteur de la nappe phréatique et des exigences de la certification LEED Or, qui modifient les façons de faire au chantier. »

 

Toujours dans l’optique de réduire l’empreinte du centre de transport, Guillaume Leroux ajoute que la structure souterraine de ce dernier sera en acier et non en béton, l’acier occupant moins d’espace que son concurrent. Le projet sera réalisé en deux lots. Le premier, qui concerne la démolition d’un bâtiment ainsi que la décontamination et l’excavation du site, débutera en mars et s’étendra sur douze mois. Quant à l’appel d’offres pour les services de construction, il devrait être publié à la fin de l’année pour une mise en chantier au printemps 2020.

 

Enfin, le troisième scénario, et non le moindre, consiste à devancer la construction d’un centre de transport dans l’est de la ville. D’une valeur de 370 millions, ce nouveau CT de 30 300 m2 marquera un jalon dans l’électrification du parc d’autobus. Il pourra en effet recevoir 250 bus hybrides et électriques. Le chantier doit débuter en 2020 pour prendre fin en 2023.

 

Favoriser la mobilité

Parallèlement, la STM poursuivra l’aménagement du Service rapide par bus (SRB) Pie-IX, qui a débuté en novembre par le déplacement d’utilités publiques. Le chantier s’accélèrera en mars avec le coup d’envoi des travaux de construction et d’aménagement. Le projet de 525 M$ prévoit en outre la mise à niveau de l’infrastructure municipale souterraine et la reconstruction de la chaussée, des trottoirs et des terre-pleins. La mise en service est prévue à l’automne 2022.

 

Enfin, les grands projets comme le REM (6,3 G$) et le prolongement de la ligne bleue (3,9 G$) auront également une incidence majeure sur la prestation des services de la STM. « On développe aussi le projet Céleste, une plateforme de mobilité intégrée, rappelle Philippe Schnobb. À court terme, nos stratégies se concentrent sur la simplicité d’accès au réseau et l’optimisation des déplacements et de la mobilité. »

 

DÉSENGORGER LE MÉTRO

À plus long terme, la STM compte s’attaquer à l’engorgement du métro en créant une cinquième ligne entre Lachine et Montréal-Nord, la ligne rose. « L’idée derrière ce projet c’est de donner de l’air à la ligne orange et d’améliorer la fluidité à la station Berri-UQAM », commente Philippe Schnobb. Le projet est estimé à 6 G$. En octobre dernier, la Ville de Montréal annonçait la création d’un bureau de projet, qui travaillera à sa définition de pair avec la STM.

 

ÉTENDRE LE SERVICE

La STM veut également mettre de l’avant des initiatives visant à améliorer son offre de services. L’an dernier, le gouvernement du Québec a confirmé son intention de prolonger la ligne bleue du métro entre Saint-Michel et Anjou, un investissement de 3,9 milliards. L’amorce du chantier est prévue pour 2021, en vue d’une mise en service en 2025. « Il s’agit d’une priorité pour renforcer la colonne vertébrale du réseau et d’offrir une connexion efficace avec le SRB Pie-IX », indique Philippe Schnobb.

Ce nouveau tronçon de 5,9 km suivra l’axe de la rue Jean-Talon, puis celui de la rue Bélanger jusqu’aux Galeries d’Anjou. Il prévoit cinq stations sur le territoire montréalais ainsi que des infrastructures de surface afin de favoriser le rabattement par autobus ou automobile. Des terminus d’autobus sont ainsi prévus aux stations Pie-IX et Anjou, qui profiteront en outre d’un stationnement incitatif. Le projet est présentement à l’étape de la planification et bénéficie d’un budget intérimaire de 364 M$.

 

Tendances et opportunités