Vers un rebondissement de l’activité sur les chantiers en 2016?

25 avril 2016
Par Louis Delagrave, économiste
La Tour des Canadiens 2 - Image de Page + Steele / IBI / Beïque, Legault, Thuot

Les mégaprojets se bousculent moins, mais l'industrie de la construction conserve une bonne erre d'aller. Et elle a peut-être touché un plateau à partir duquel elle peut maintenant tabler, sinon rebondir.

La Commission de la construction du Québec (CCQ) nourrit des attentes modestes pour 2016. Le volume de travail de l'industrie couverte par les conventions collectives de la construction – quelque 155 000 travailleurs et 25 000 employeurs – restera, selon l'organisme, presque identique à celui de 2015, soit un peu plus de 140 millions d'heures. C'est presque 15 % de moins que les 165 millions d'heures travaillées enregistrées lors du sommet atteint en 2012.

 

La stabilisation de l'activité en 2016 sera entièrement redevable à une relance du secteur génie civil et voirie. Même que selon la CCQ, ce dernier « viendra masquer une réalité plus difficile dans les autres secteurs », en particulier dans le bâtiment institutionnel, commercial et industriel (ICI). Le secteur industriel, déjà anémique, verrait en effet son activité décliner encore de 8 %, tandis que le secteur institutionnel et commercial emboîterait le pas avec une baisse de 5 %, une première véritable chute en six ans.

 

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Il est vrai que l'industrie surfe encore un peu sur la dernière vague. La construction des mégahôpitaux montréalais s'achève, la construction commerciale est hésitante et de nombreux projets miniers dorment maintenant dans les cartons. Et, austérité oblige, le gouvernement du Québec ralentit son programme d'infrastructures. C'est sans compter l'électrochoc de la Commission Charbonneau, qui a mis les donneurs d'ouvrage publics et les entrepreneurs sous haute surveillance, alourdissant du coup le processus d'attribution de contrats.

 

Voilà pour le côté sombre. Les choses s'illuminent toutefois dans certains rayons : par exemple un bon dynamisme économique prévalant à Montréal et à Québec, des investissements s'enclenchant dans les centres hospitaliers régionaux ou dans les centres de détention. Sans oublier qu’une relance est attendue dans la construction de résidences pour personnes âgées, que le secteur industriel se diversifie, que le gouvernement fédéral met l'épaule à la roue et que l'octroi de contrats publics semble sortir de sa léthargie.

 

Permis de bâtir délivrés au Québec

 

Montréal et Québec

En plus d'être le théâtre de vastes travaux d'infrastructures routières provinciales et fédérales, la Ville de Montréal accentue ses propres investissements. Pour la période 2016-2018, son programme triennal d'immobilisations (PTI) prévoit des investissements de 5,24 milliards de dollars, soit 15 % de plus que le PTI 2015-2017, dont 329 millions pour des aménagements liés aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal en 2017. Le programme alloue 1,1 milliard de dollars pour les bâtiments, une hausse de 30 %. Les immeubles de la police et de la sécurité incendie sont particulièrement ciblés, tout comme les arénas municipaux.

 

Le Fairmount Reine Élizabeth - Image de  Sid Lee Architecture

 

Et alors que se terminent les mégachantiers des hôpitaux montréalais, voilà que s'activeront les chantiers du Complexe des sciences et de génie de l'Université de Montréal, des centres d'entretien de l'AMT et de la STM, de même que celui de la relance du projet de l'îlot Voyageur, pour ne nommer que les plus importants.

 

Un vent d'optimisme souffle aussi sur la région de Montréal, selon la société de conseil et de courtage immobilier NKF Devencore. « Dans le centre-ville de Montréal, l’essor de tous les secteurs de l’immobilier (commercial, résidentiel et d’entreprises) se poursuit. De plus, les zones en périphérie du centre-ville, de Griffintown aux alentours du marché Atwater, en passant par les quartiers Jean-Talon et du Mile End, suscitent grandement l’intérêt des promoteurs », indique-t-on dans une dernière étude du marché des espaces de bureaux.

 

Parmi les principaux projets qui s'amorcent ou qui sont en discussion figurent les suivants : la rénovation de l'hôtel Reine Élizabeth ; le réaménagement de la maison Alcan et celui de l'immeuble de la Standard Life sur la rue Sherbrooke ; les nouvelles tours de bureaux de Westcliff au Square Victoria et de Canderel / Fonds de solidarité dans le Quartier des spectacles ; la construction d'immeubles de copropriétés telle la Tour des Canadiens 2 de Cadillac Fairview, etc.

 

Centre régional intégré en cancérologie à Lévis - Image de Jodoin Lamarre Pratte architectes / GLCRM et DMG

 

La région de la Capitale-Nationale est également loin d'être en hibernation. Le marché des bureaux y demeure des plus serrés, comme en témoigne l'immense projet Le Phare – 600 millions de dollars – prévu par le Groupe Dallaire. Les Galeries de la Capitale amorcent par ailleurs une rénovation majeure, un centre régional intégré en cancérologie est en construction à Lévis, des travaux de relocalisation de l'hôpital de Charlevoix sont en cours et on planifie la construction d’un nouveau centre hospitalier sur le site de l’Enfant-Jésus à Québec.

L’industriel en eaux troubles

Les choses sont toutefois moins reluisantes dans la construction industrielle, décimée par le déclin du prix des métaux et par les difficultés de l'industrie des pâtes et papiers.

 

La fin prochaine du chantier de Ciment McInnis, en Gaspésie, et de celui de la mine Diamants Stornoway, dans le Nord-du-Québec, s'annonce douloureuse. À moins que ne démarrent par exemple les projets de la mine de Royal Nickel, en Abitibi, ou celui de l'usine de production d’urée d'IFFCO Canada ou encore celui de l'usine de liquéfaction de gaz naturel, de Stolt LNGaz, à Bécancour.

L'industrie pharmaceutique se signale par contre avec la construction en cours d’une usine de plasma sanguin (Green Cross, à Montréal) et la construction prévue d’une usine de production de vaccins (Medicago, à Québec).

 

 

Green Cross Biotherapeutics - Image de NFOE / MSDL

 

Jean Matuszewski, président d’E&B DATA, société d’analyse économique qui surveille les implantations industrielles, constate qu'« on assiste à la fin de la grande époque des mégaprojets industriels au Québec comme dans le reste du Canada : le salut du secteur industriel au Québec repose sur les PME ». Le potentiel de croissance se situe dans l'industrie agroalimentaire, les sciences de la vie (sauf chez les grandes pharma) et dans le domaine énergétique (nouvelles technologies, conversions).

 

Ou encore chez les fabricants de machinerie, les manufacturiers de matériel électrique, dans les centres de données et même chez certains fabricants de composantes de meubles et de produits du bois, lesquels sont avantagés par la baisse du dollar canadien.

 

De plus, et toujours selon l'économiste : « Les administrations publiques peuvent attirer les projets en faisant du crowdingin, c'est-à-dire en développant les infrastructures productives suscitant par la suite de nouveaux investissements privés. » Les investissements de 300 millions de dollars qui viennent d'ailleurs d'être annoncés par le gouvernement du Québec dans 16 zones industrialo-portuaires seront donc à suivre de près.

 


Cet article est tiré du Supplément thématique – Projets 2016. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !

 

 

Finances

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