Le crédit-bail a la cote dans l'industrie

Le crédit-bail s’affirme plus que jamais comme la solution de financement recommandable pour les équipements de chantier.

 

Par Michel De Smet

 

« Il n’existe pas de mode idéal de financement, tout dépend du carnet de commandes de l’entreprise de construction. Mais comme il est probable dans le contexte économique actuel que certains clients revoient leurs projets à la baisse, il vaut mieux ne pas se lancer dans l’acquisition d’équipements lourds et coûteux et de s’en tenir à une formule de crédit-bail de type exploitation qui s’apparente en fait à une location », conseille d’entrée de jeu Richard Lafond, associé au bureau de comptables Lafond Lapratte, à Longueuil.


Pour ce dernier, qui compte plusieurs firmes de construction parmi sa clientèle, l’important consiste pour l’heure à maintenir une marge de liquidité suffisante : « En clair, ce n’est peut-être pas le moment pour les constructeurs de se mettre sur le dos une dette supplémentaire en achetant des équipements de chantier dont la valeur unitaire peut facilement s’élever à plusieurs centaines de milliers de dollars, sans compter les coûts d’emprunt. »


Il explique du reste que les formules de location-exploitation ont depuis toujours rencontré les faveurs des entreprises de construction. « Cela tient à la nature même de cette industrie. Dans le secteur manufacturier, la culture encourage l’acquisition de biens de production, le long terme et le financement de type traditionnel consenti généralement par une institution financière. Pour la construction, une activité essentiellement cyclique, les entrepreneurs privilégient une formule de financement souple, de préférence une location, qui ne les lie qu’à court ou à moyen terme », note Richard Lafond.

 

Intérêt des banques
Michel Hébert, vice-président chez Corporation financière Brome, une société de prêts sur actif, affirme que le crédit-bail est devenu à ce point populaire pour le financement d’équipements de chantier que ce secteur est aujourd’hui investi par les banques. « Les institutions financières nous livrent désormais une vive concurrence. Un exemple, l’été dernier, la Banque Scotia acquérait la société Irwin Commercial Finance Canada qui est devenue depuis Roynat Financement, une entité de la Banque Scotia spécialisée en crédit-bail. »


Raymond Chouinard, porte-parole au Québec de RBC Banque Royale, confirme cet engouement des banques pour ce mode de financement. « Je peux confirmer qu’en ce qui concerne par exemple le matériel lourd de chantier, nous ne faisons pratiquement plus de financement traditionnel parce que la demande des entrepreneurs est essentiellement orientée vers le crédit-bail de type exploitation. »


Associé fiscaliste chez Lemieux Nolet, à Lévis, René Bégin constate lui aussi que le crédit-bail connaît présentement une grande popularité : « Je favorise, dans le contexte économique actuel, une formule de financement de type location-exploitation à court terme comportant une option d’achat avec compensation financière.


« C’est une solution idéale lorsque vous ne savez pas trop de quoi demain sera fait, ajoute-t-il. Si le carnet de commandes de l’entrepreneur prend du mieux, l’option lui permet de transformer, généralement après un an ou deux, le contrat de location en acquisition et le prêteur déduira les mensualités déjà versées de la facture d’achat de l’équipement. »

 

Équipements sous-utilisés
Pour sa part, Stéphane Dumas, associé en certification et en évaluation d’entreprises chez Lemieux Nolet, suggère aux entrepreneurs en construction de prêter la plus grande attention à l’utilisation de leur parc d’équipements de chantier.


« Il me paraît important de faire ponctuellement une revue réaliste des taux d’utilisation de son matériel, dit-il. En ces temps économiquement difficiles, certains équipements peuvent n’être qu’occasionnellement requis pour l’exécution des travaux. Dans ce cas, il est sans doute préférable de s’en défaire, quitte à recourir si nécessaire à une location de courte durée ou à en acquérir de nouveaux lorsque le volume de travail connaîtra une reprise significative. »


Cet expert note qu’il y a une forte propension chez certains entrepreneurs en construction à manifester un sentiment quasi affectif envers leur parc d’équipements lourds.


« Plus ils peuvent faire étalage d’un matériel imposant, plus ils ont l’impression que la crédibilité de leur firme sera forte. C’est un petit travers que j’observe régulièrement chez les entrepreneurs, en particulier ceux qui ont un volume d’affaires modeste. »


Cet attachement excessif à un équipement lourd sous-utilisé finit par coûter très cher à l’entrepreneur, en particulier parce que ce type de matériel se déprécie rapidement. « La situation sera plus critique encore pour les états financiers du constructeur si celui-ci doit acquitter des mensualités dans le cadre d’un emprunt ou d’un crédit-bail pour maintenir l’équipement en sa possession », note Stéphane Dumas.


En conséquence, ce dernier conseille de se défaire de ses équipements sous-utilisés alors qu’ils possèdent encore une bonne valeur de revente et de se créer ainsi une source de liquidité additionnelle.