Emilie Laperrière

L’École de technologie supérieure (ÉTS) et l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) ont uni leurs efforts pour s’attaquer aux problèmes du bruit en milieu de travail. Le résultat est impressionnant : un laboratoire unique en son genre au Québec pour faire de la recherche et tester de nouveaux produits dans le domaine acoustique.

 

Frank Sgard, chercheur de l’IRSST, a expliqué mercredi dernier lors de l’inauguration que l’idée est née en 2008. « Notre institut ne possédait pas les salles nécessaires à la recherche et nous devions travailler avec d’autres établissements d’enseignement, dit-il. Nous voulions donc nous doter d’une salle modeste. L’ÉTS, qui agrandissait ses locaux à ce moment-là, nous a proposé de collaborer. De petite salle anéchoïque, le projet a mué en laboratoire ICAR. »

 

Les travaux se sont échelonnés de juin 2010 au mois de mars 2011. L’espace était déjà disponible au quatrième étage de l’ÉTS, les travaux ne concernaient donc que l’intérieur. Mais le travail était complexe. « Nous avons confié l’aménagement des lieux à la firme Eckel, composée d’anciens acousticiens et spécialistes dans le domaine », explique Frédéric Laville, professeur à L’ÉTS.

 

Équipement de pointe

Le laboratoire comprend une salle semi-anéchoïque de 83 mètres cubes pouvant être transformée en salle anéchoïque. Celle-ci est couplée à une salle réverbérante de 211 mètres cubes pour les recherches en acoustique.  Une ouverture de 1,8 mètre de haut sur 2 mètres de large a été pratiquée entre les deux salles pour l’étude de la transmission sonore.

 

Le laboratoire est en outre bien équipé. Il contient notamment un bras rotatif à balayage automatique pour source sonore ou antenne multimicrophone, un système de cartographie intensimétrique portable ainsi qu’un système d’acquisition et de traitement multivoie. L’alimentation électrique multivoltage pour de l’équipement industriel en plus de l’alimentation en air comprimé pour des outils pneumatiques ont aussi été pensée.

 

Une problématique réelle

Au Québec, on estime à environ 500 000 le nombre de travailleurs exposés à des niveaux de bruit nocif. Cent mille personnes sont atteintes de surdité professionnelle. Si on s’en tient à la limite légale d’exposition au bruit de 90 dB(A) 8 heures par jour, le nombre de travailleurs à risque de perdre l’audition au Québec est estimé à environ un travailleur sur cinq, selon un rapport publié en 2009 par l’IRSST.

 

La mission du laboratoire ICAR est la suivante : favoriser la recherche en acoustique industrielle, c’est-à-dire le contrôle du bruit et des vibrations. « Nous chercherons des solutions pour réduire l’émission à la source, réduire la propagation sonore en milieu de travail et améliorer la protection auditive des travailleurs », détaille Frank Sgard.

 

L’équipement d’ICAR permettra de prendre diverses mesures : l’absorption des matériaux, la perte par transmission de parois, la protectivité des sources et la performance des protecteurs, pour n’en nommer que quelques-unes.

 

Ces installations ont bénéficié d’une contribution financière de Développement économique Canada. Plusieurs entreprises se sont déjà montrées intéressées à collaborer pour créer de nouveaux produits plus performants. Tout le réseau de la santé et de la sécurité du travail pourra également en bénéficier.