Vers un millieu de vie durable : La Belle de l’Ouest

28 janvier 2014
Par Mathieu Fleury, architecte, P.A. LEED C+CB*

La province de la Colombie-Britannique fait depuis longtemps figure de proue en termes de construction et d’aménagement durables. Dès 1960, la population de Vancouver a dit non à la construction d’une importante autoroute qui aurait transformé à tout jamais le visage de la ville et entrainé des impacts importants sur la qualité de vie des résidents. Conséquemment, Vancouver est de nos jours une des rares villes de l’Amérique du nord qui n’a pas d’autoroute majeure pénétrant le cœur de son centre-ville.

 

Aujourd’hui, elle serait la ville qui a la plus petite empreinte carbone par habitant parmi l’ensemble des villes nord-américaines. Un fait dont les Vancouverois ne sont pas peu fiers. Ainsi, ils souhaitent aller encore plus loin dans leur objectif de créer une ville offrant un meilleur milieu de vie pour les générations futures et orientent les politiques municipales de développement et d’urbanisme en ce sens.

 

Ces politiques municipales, axées sur le développement durable, ont valu récemment à Vancouver la reconnaissance de l’industrie mondiale de la construction. En effet, en novembre dernier, le World Green building Council (WGBC) a décerné à la ville de Vancouver un prix, le Government Leadership Award for Best Green Building Policy, pour son rôle de chef de file en matière de politiques municipales favorisant le développement durable. Appuyé par UNHabitat1, cette reconnaissance vise à souligner l’effort et l’innovation de la Ville pour son programme Greenest city 2020 action plan.

 

À travers ce plan aux multiples enjeux, de la production alimentaire locale aux transports durables, la construction verte occupe un rôle de premier ordre. Le programme a notamment comme objectif de rendre tous les bâtiments neufs construits après 2020 carbone neutre dans leurs activités. Le programme vise également à orienter les projets de rénovation afin de permettre une réduction des GES des bâtiments existants de 20 % d’ici 2020.

 

Le plan établit plusieurs priorités et moyens d’action afin d’atteindre ces nobles objectifs d’ici 2020. La mise en place d’une réglementation urbanistique évolutive qui hausse régulièrement et de manière planifiée les exigences de réduction d’émission de GES afin de permettre aux développeurs de prévoir et de s’adapter aux nouveaux défis à venir. Par exemple, tout promoteur qui fait une demande de modification de zonage (nombre d’étages accru, nouvel usage, etc.), si celle-ci est acceptée par la municipalité, devra construire de manière à obtenir une certification LEED de niveau Or. Cette exigence est mise en œuvre depuis 2010 et a entraîné une multiplication des bâtiments certifiés LEED dans la ville.

 

Des incitatifs financiers sont également mis en place afin de susciter l’intérêt des propriétaires. Un exemple d’incitatif financier est la mise en place d’un programme de prêt à faible taux d’intérêt, le Home Energy Loan Program pour les propriétaires qui souhaitent réaliser des travaux visant à améliorer l’efficacité énergétique de leur résidence. Selon le programme, les économies réalisées sur le coût de l’énergie, jumelées au faible taux d’intérêt, permettent aux propriétaires de réduire considérablement leurs paiements hypothécaires tout en augmentant de manière significative la valeur de leur propriété.

 

Des programmes de sensibilisation et d’éducation sont également mis en oeuvre. Des guides de rénovations vertes et de techniques de construction passives sont disponibles pour les citoyens. Les édifices municipaux visent à être carbone neutre dans leurs opérations ou encore à atteindre les standards du Living Building Challenge2afin de constituer des exemples concrets pour le public.

 

Des programmes de formation rejoignent également les opérateurs et occupants des bâtiments. En effet, la manière dont nous vivons et travaillons, dont nous utilisons les bâtiments, entraine des impacts majeurs sur la consommation d’eau et d’énergie de ceux-ci. Selon le plan, ce sont ces synergies entre la réglementation, le financement incitatif et les programmes éducationnels qui permettront à Vancouver d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés pour 2020.

 

Comme le prix reçu par la Ville de Vancouver souligne la mise en place d’objectifs à atteindre d’ici 2020, il s’agit de la reconnaissance d’une promesse. Vancouver saura-t-elle être à la hauteur de ses ambitions ? Les milieux institutionnels, des affaires ainsi que le grand public ont déjà mis l’épaule à la roue.

 

L’université de la Colombie-Britannique a récemment mis en place des infrastructures afin de produire de l’énergie à partir de sources renouvelables et de s’autosuffire. On compte également à Vancouver plus de 900 industries œuvrant dans le domaine de la construction durable et de l’optimisation énergétique des bâtiments.

 

Toute cette effervescence transforme et forge le visage de Vancouver : fermes urbaines, densification résidentielle dans les ruelles, aménagements paysagers omniprésents, pistes cyclables. Il semble que la métropole britanno-colombienne est sur la bonne voie pour l’obtention du titre de la ville la plus verte de la planète. Parions que cette particularité unique permettra à Vancouver de continuer à charmer les quelque neuf millions de visiteurs qu’elle accueille annuellement en leur permettant de partager la qualité de vie et le dynamisme de sa population.

 

Bonnes vacances et joyeuses fêtes à tous les fidèles lecteurs. Au plaisir de vous retrouver en 2014 !

 


L’auteur est architecte pour la firme Vachon & Roy à Gaspé. On peut communiquer avec lui par courriel à mfleury@vachonroyarchitectes.com.

 

1. United Nations Human Settlements Programme, http://www.unhabitat.org/

2. https://ilbi.org/lbc

Conseil du bâtiment durable du Canada - section du Québec

Cette chronique est parue dans l’édition du jeudi 12 décembre 2013 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !