Un brise-glace rotatif qui fait tourner les têtes

15 mai 2018
Par Michel Bouchard
Charles Bérubé, représentant des ventes chez Gryb

Repenser la façon d’affronter l’hiver, voilà une source d’innovation gagnante dans un Québec aussi glacial. Celle du brise-glace rotatif en est d’ailleurs un exemple probant. À preuve, ce dernier est en train de se tailler une place de choix dans l’éventail d’équipements destinés à l’entretien des routes en période hivernale au Québec.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait affectueusement surnommé cet engin le « croque-glace » en janvier dernier, confirmant du même coup que son administration donnait l’autorisation aux arrondissements de procéder à l’acquisition d’une série de brise-glaces rotatifs. L’objectif étant de venir à bout des trottoirs glacés de la métropole.

 

Cette innovation est née d’une demande croissante des villes et municipalités pour trouver des solutions alternatives aux méthodes de déglaçage traditionnelles. Une demande face à laquelle la compagnie Gryb, une entreprise de Victoriaville oeuvrant dans la fabrication d’équipements pour machineries lourdes, a décidé de prendre les devants. « De plus en plus, on assiste à l’apparition de quartiers écologiques qui ne veulent pas d’abrasifs ou de fondants sur la chaussée, les gens souhaitant des solutions durables. Au début, nous avons importé un produit en provenance d’Europe, mais il ne correspondait pas à ce dont nous avions besoin. Il fallait un système adapté à notre climat et à notre réalité. Nous avons donc conçu notre propre brise-glace, explique Charles Bérubé, représentant des ventes chez Gryb.

 

« Pendant un an, on a développé notre solution avec la Ville de Dollard-des-Ormeaux. Les tests se sont avérés un succès sur toute la ligne. À la suite de ces essais, les ventes ont explosé. Aujourd’hui, un peu partout au Québec, on retrouve nos brise-glaces. Alma, Saguenay, Thetford Mines, Victoriaville, Kirkland, Sainte-Adèle, le produit gagne en popularité de par son efficacité accrue. Le MTMDET (ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports) a aussi emboîté le pas et s’intéresse au système. »

 

Une solution innovante

 

Le croque-glace - Photo de Les Maximes photographe

 

Le brise-glace rotatif s’installe sur le devant d’une rétrocaveuse, d’une chargeuse ou de tout autre équipement de déneigement communément utilisé. C’est la poussée engendrée par le véhicule qui actionne le mécanisme, le principe se déclinant comme une juxtaposition de roues dentelées assemblées les unes aux autres pour former un rouleau. Par le biais d’un cylindre hydraulique positionné sur le dessus du rouleau, une pression est appliquée vers le sol par l’opérateur, menant les roues munies de pics à venir heurter la glace pour la rompre en frasil. C’est l’effet de vibration engendré par les irrégularités des pointes métalliques qui expulse les résidus qui retombent au sol pour créer une surface rugueuse et adhérente.

 

« En fait, il n’y a pas de moteur ou de pièce mécanique, simplement une roue dentelée que l’on pousse, explique Remi Beaudoin, responsable du développement des affaires pour l’entreprise victoriavilloise. Contrairement à une niveleuse qui endommage fréquemment la chaussée avec sa gratte dentelée rigide, le brise-glace rotatif épouse le profil de la surface par l’entremise de ses supports de caoutchouc qui agissent comme des amortisseurs. La pression est répartie sur toute la largeur de la roue. Dans le pire des cas, on égratigne à peine la surface, mais on ne l’abîme pas. »

 

À l’aide d’un système d’attache rapide, il ne faut que quelques minutes pour installer le brise-glace au-devant d’un véhicule. Étant dépourvu de système de motorisation, il ne nécessite que très peu d’entretien, voire aucun. « Oui, comme avec n’importe quel équipement lourd, à l’occasion, il faut procéder à des réparations, illustre Charles Bérubé. Rectifier des pics par exemple, c’est là une usure normale, mais autrement, il n’y a qu’à graisser la roue avant de prendre la route et le tour est joué. »

 

En concassant la surface glacée en fragments d’environ cinq centimètres et en utilisant cette même glace comme matière abrasive, son utilisateur peut faire d’une pierre deux coups : éviter d’avoir recours au sel de déglaçage et se dispenser de l’épandage d’abrasifs, ce qui entraîne des économies substantielles.

 

Économiser temps et argent

« Selon ce que nous avons obtenu comme chiffres, certaines villes ont réalisé des économies allant jusqu’à 4 000 dollars par quartier pour un seul épisode de déglaçage, relate Remi Beaudoin. C’est sans compter le fait qu’au dégel, le sel s’infiltre dans les fissures du béton et de l’asphalte et endommage la fondation, et que le printemps venu, les villes doivent balayer les rues du sable répandu au cours de l’hiver. »

 

Les économies engendrées ne sont pas que monétaires, puisque ce système permet également de réduire le temps nécessaire au déglaçage d’une rue. « Si l’on compare aux méthodes traditionnelles, la vitesse de déglaçage est appréciable, précise Charles Bérubé. Une niveleuse avance à environ 5 kilomètres par heure, alors que le système de brise-glace rotatif est au zénith de son efficacité à 25 ou 30 kilomètres par heure. On gagne beaucoup de temps, en étant de trois à six fois plus rapide, et on économise sur la consommation de carburant. »

 

La polyvalence du brise-glace rotatif et la possibilité de l’adjoindre à toute une gamme de véhicules lourds font en sorte qu’il peut être utilisé autant pour les rues que pour les stationnements et les trottoirs. « On peut varier la largeur du rouleau, passant de 41 pouces pour le déglaçage des trottoirs, jusqu’à 103 pouces pour l’entretien des rues. »

 

La popularité de ce système semble en constante ascension au Québec, mais également de l’autre côté de l’océan. « On a des demandes de partout, d’ici comme d’ailleurs. On a des clients intéressés en Europe, aux États- Unis, même dans les États plus au sud comme la Californie et l’Oregon, conclut Remi Beaudoin. »

 

Des résultats probants à Victoriaville

La Ville de Victoriaville utilise le système de brise-glace rotatif depuis un moment déjà, et les résultats parlent d’eux-mêmes. « Le climat est changeant, les épisodes de verglas sont de plus en plus fréquents et la rapidité d’action du brise-glace rotatif s’avère un atout précieux, explique Michel Lachapelle, directeur du service des travaux publics à la Ville de Victoriaville. Nous avons maintenant quatre rouleaux de déglaçage à notre disposition et ils sont très efficaces. »

 

La flexibilité du système permet ainsi à la Ville d’avoir recours à tout son parc d’équipement de déneigement. « Le rouleau s’attache devant des véhicules qui n’étaient pas destinés à cet usage auparavant. Plutôt que de tout faire le travail avec une seule niveleuse sur la route, nous avons un arsenal de quatre véhicules supplémentaires pour venir à bout rapidement de la glace. Le brise-glace offre un excellent rendement, nous n’avons pas à passer deux fois au même endroit, le travail est vite fait et bien fait. »

 

Le système d’attache rapide revêt aussi son importance dans la flexibilité du système. « Pour procéder au déglaçage, il faut munir la niveleuse d’une gratte dentelée, ce qui se fait dans les garages par des mécaniciens. Or, le brise-glace s’installe en quelques secondes grâce au système d’attache rapide. L’opérateur peut le faire tout seul en un clin d’œil. »

 

 


Cet article est tiré du Supplément thématique – Équipement de chantier . Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous !

 

 

 

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