Les premiers grands projets hydroélectriques québécois

14 octobre 2016
Benoit Poirier
Le barrage Manic-3 – Photo : d’Hydro-Québec

Preuve de l'expertise et du savoir-faire québécois en matière de réalisation de grand projet, les installations hydroélectriques font partie du patrimoine et de l'histoire de la province.

Née en 1944 de l’acquisition par le gouvernement provincial, alors mené par Adélard Godbout, de deux sociétés privées d’électricité qui desservaient la région de Montréal, Hydro-Québec est devenue, en 1963, un symbole de fierté pour le Québec. Cette année-là, à la suite d’une élection référendaire gagnante, le gouvernement Lesage allait de l’avant avec la nationalisation de l’électricité à travers tout le territoire québécois. Cette action marquait, du coup, le début d’une révolution historique… qui allait elle-même donner naissance à une toute nouvelle ère.

 

Bientôt, un choix allait s’imposer : celui de produire de l’électricité à grande échelle. Ceci allait donner aux gens de l’époque une occasion inouïe de se réaliser comme peuple et comme société, d’être « maître chez nous ». Abondante, renouvelable, de surcroît non polluante, alliant le génie de l’homme et la force de la nature, cette source d’énergie façonnera le développement de tout le Québec. On se rendra éventuellement compte, au fil des années, que l’hydroélectricité contribue de façon significative aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

 

Aujourd’hui, avec un chiffre d’affaires multimilliardaire, la société d’État, dont l’unique actionnaire est toujours le gouvernement du Québec, est l’une des plus importantes entreprises d’électricité du Canada et l’un des plus grands propriétaires de barrages au monde. Ses lignes de transport s’étendent sur une distance qui équivaut presque au tour de la Terre.

 

Ses artisans appelés à monter au front, dans des conditions souvent difficiles, voire parfois hostiles, ont su développer des technologies et un savoir-faire uniques, expertise qu’Hydro-Québec aujourd’hui exporte. Forte de grandes réalisations reconnues à travers le monde, la société d’État poursuit son développement.

Retour sur un passé récent.

 

De grands projets

Le premier mégaprojet à être entrepris à l’extérieur de Montréal se trouve sur la rivière Betsiamites, en 1956. En quelques années, deux centrales y seront aménagées. Elles produiront au total quelque 1 734 000 kilowatts.

 

Chantier de l’évacuateur de crue du barrage LG-2 - Photo de d’Hydro-Québec

 

Pendant ce temps, on s’affaire à terminer la dernière phase du complexe de Beauharnois, près de Valleyfield. La centrale a été construite en trois sections, dont la première remonte à 1931. À la fin des travaux, en 1961, elle produira à elle seule 1 656 800 kW, ce qui en fera la centrale hydroélectrique la plus puissante au Québec, jusqu’au parachèvement du complexe LG-2 à la Baie-James, au début des années 1980.

 

En 1959, les premiers travaux d’aménagement au complexe Manic-Outardes permettent à Hydro-Québec de songer à l’exportation d’électricité, une option qui n’avait alors jamais été envisagée. Cette nouvelle avenue ouvre vite la voie à la planification des titanesques projets de la Baie-James, dont les gouvernements de l’époque et les milieux d’affaires québécois attendent d’importantes retombées.

 

Cependant, il aura fallu attendre le début des années 1970 pour que le coup d’envoi soit donné à ces projets. Leur réalisation et les grands exploits technologiques qui en découlent positionnent Hydro-Québec comme futur grand joueur mondial dans le domaine de l’électricité.

 

Manic

La Manic ! Une époque mémorable, un projet unique qui allait inspirer Georges Dor dans la création de sa célèbre chanson. Voici le projet en quelques chiffres.

 

Manic-2, près de l’estuaire de la rivière Manicouagan, est un énorme mur de béton qui résiste par sa seule masse à la poussée de l’eau. Haut de 91 mètres et long de 691 mètres, il demeure encore aujourd’hui le plus important ouvrage de ce type au monde.

 

Chantier du barrage Daniel-Johnson - Photo de d’Hydro-Québec

 

Manic-5, à plus de 200 km de l’estuaire, est le plus grand barrage à voûtes multiples et contreforts au monde. Aussi appelé le barrage Daniel- Johnson, en l’honneur du premier ministre de l’époque, sa hauteur atteint 214 mètres et la hauteur de chute, 150 mètres.

 

Mais c’est à Manic-3 que revient la particularité d’avoir le mur d’étanchéité le plus profond. Afin d’empêcher l’eau de s’infiltrer sous le barrage, les ingénieurs ont établi une coupure étanche au moyen d’un double mur de béton de 131 mètres de profondeur.

 

Quant à Manic-5 PA, elle est une centrale de suréquipement qui permet d’accroître la puissance installée de Manic-5 sans avoir eu à modifier le réservoir. C’est dans le cadre du projet de la Manicouagan qu’a été érigée la première ligne commerciale de transport d’énergie à 735 kilovolts. Une brillante innovation de l’époque, une révolution.

 

La ligne de 735 kV

En août 1962, la Commission hydroélectrique de Québec autorise la construction d’une ligne de 735 000 volts entre le complexe Manic- Outardes et Montréal, du jamais vu dans l’histoire mondiale du transport d’électricité.

 

Dans le monde entier, les ingénieurs attendent de voir comment Hydro-Québec relèvera le défi, alors que sa seule pratique porte jusqu’alors sur les réseaux de 315 kV entre Montréal et Bersimis. La raison d’une telle puissance s’explique par la quantité d’énergie produite au complexe Manic-Outardes qui est telle, qu’à plus faible tension, il aurait fallu ériger au moins une vingtaine de lignes.

 

Le premier ministre Jean Lesage l’inaugure officiellement le 29 novembre 1965. C’est une première mondiale réalisée par l’équipe d’Hydro-Québec. En 1987, la ligne à 735 kV sera classée parmi les 10 plus grands travaux d’Hercule qui ont marqué les 100 dernières années dans le domaine de l’énergie au Canada.

 

Hydro-Québec a par la suite développé d’autres types de lignes de transport. Dans les années 1970 et 1980, des lignes de 735 kV et de 765 kV étaient mises en service pour relier la Baie-James aux grands centres urbains, sur une distance de quelque 11 000 km.

 

Puis, en 1990, Hydro-Québec inaugurait une autre ligne de près de 2 000 km, cette fois à courant continu de 450 kV. Ce sera la première fois que la société d’État utilise cette technologie sur une aussi longue distance.

 

La Baie-James

En lançant les travaux de la Baie-James, Hydro-Québec amorçait l’écriture d’une importante page de son histoire. Avec ses huit centrales, ses 317 digues, ses barrages et ses ouvrages connexes, ce complexe hydroélectrique arrive largement en tête de la longue liste des installations qu’Hydro-Québec a construites au Québec.

 

Situé à plus de 1 000 km au nord de Montréal, on trouve dans cet immense territoire la plus grande partie des ressources hydroélectriques du Québec. Il abrite notamment la centrale Robert- Bourassa qui se trouve être la plus grande centrale souterraine au monde.

 

Les premières pelletées de terre remontent à 1973. Deux ans plus tôt, l’Assemblée nationale avait entériné la Loi créant la Société de développement de la Baie James (SDBJ), conçue pour chapeauter les activités économiques de la région. Quelques mois plus tard, une autre organisation, la Société d’énergie de la Baie James (SEBJ) recevait le mandat de développer le potentiel hydroélectrique des rivières de la baie James et du Nord québécois. Cinq ans plus tard, elle devenait une filiale à part entière d’Hydro-Québec.

 

Chantier de l’évacuateur de crue du barrage LG-2 - Photo de d’Hydro-Québec

 

Au plus fort des travaux, en 1978, quelque 18 000 travailleurs vivent à la Baie-James. C’est l’un des plus importants chantiers au monde. Au total, les travaux de la phase 1 auront duré 12 ans, soit de 1973 à 1985. Cinq réservoirs et une réserve utile de 94,2 milliards de mètres cubes d’eau alimentent les trois centrales Robert-Bourassa, La Grande-3 et La Grande-4.

 

Les travaux de la phase 2 dureront quant à eux une dizaine d’années, jusqu’à l’inauguration de Laforge-2, en 1996, et exigeront de la part de la SEBJ la gestion simultanée de cinq chantiers majeurs : La Grande-1, Laforge-1, Brisay, La Grande-2-A et Laforge-2.

Histoire de l’industrie

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