Femmes sur les chantiers : un changement de culture s’opère en douceur

19 septembre 2022
Par Mathieu Ste-Marie

Le nombre de femmes dans le domaine de la construction augmente, mais cette croissance demeure lente et des obstacles persistants freinent sa progression, observe la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Cet organisme vient de dévoiler son bilan des deux premières phases du Programme d’accès à l’égalité des femmes (PAEF) dans l’industrie de la construction qui se déroulait de 2015 à 2021.

 

L’an dernier, il y avait 6 234 travailleuses actives sur les chantiers, soit 3,27 % de la main-d’œuvre totale. La CCQ se réjouit d’avoir atteint cette cible de 3% qui n’avait pas été atteinte en 2018. La hausse est lente, mais graduelle : le pourcentage de femmes sur les chantiers est passé de 1,34 % en 2012 à 2,14 % en 2018 à plus de 3 % l’an dernier.

 

De plus, la présence des femmes a progressé dans l’ensemble des métiers et occupations traditionnellement masculins de 2015 à 2021, à l’exception des scaphandrières, dont la part a légèrement baissé (de 3,62 % en 2015  à 3,01 % en 2021).

 

Selon Diane Lemieux, présidente-directrice générale de la CCQ, un changement de culture est perceptible dans le secteur de la construction, mais il y a encore beaucoup de travail à faire. « Nous devons poursuivre le travail amorcé pour contrer les obstacles encore présents, notamment en matière de climat sain et inclusif, de formation et de rétention. Ces changements seront non seulement bénéfiques pour les femmes, mais aussi pour l’ensemble de l’industrie », affirme-t-elle.

 

En effet, des études font état de problèmes d’accès dans le domaine de la construction et de maintien en emploi, de discrimination, d’intimidation et de harcèlement dans le milieu de travail.

 

Conséquemment, les femmes abandonnent plus souvent ce milieu que les hommes. Après un an, 21 % des femmes décident de quitter l’industrie par rapport à 14 % des hommes. 

 

Le quart des femmes sont peintres

Parmi les autres obstacles, la part d’entreprises embauchant au moins une femme demeure restreinte (15 %), et la majorité de ces entreprises (66 %) n’embauchent qu’une femme.

 

De plus, la présence de femmes est concentrée dans certains métiers. Près du quart de celles-ci sur les chantiers pratiquent le métier de peintre. Les quatre autres professions prisées par les femmes sont plâtrière (9,58 %), calorifugeuse (9,02 %), carreleuse (8,91 %) et poseuse de revêtements souples (5,22 %). En revanche, moins de 1 % de la main-d’œuvre totale sont des femmes dans les métiers de frigoriste, de mécanicienne industrielle de chantier, d’opératrice de pelle et de monteuse de ligne, entre autres.

 

Mentionnons également que seulement 3 métiers ont atteint leur cible alors que 12 autres sont encore loin de leur cible. C’est le cas notamment du métier de scaphandrière, dont la cible était de 10 %.

 

Par ailleurs, un autre défi sera d’augmenter la moyenne d’heures annuelle des femmes qui est significativement plus faible que celle des hommes (766 contre 1 039 en 2021).

 

Une sous-représentation reconnue

Néanmoins, les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler avec le statut de compagnon : elles étaient 1 025 en 2021, comparativement à 591 en 2015. Une hausse plus importante pour les femmes (+73 %) que pour les hommes (+11 %) a été observée entre 2015 et 2021.

 

« Le constat de la sous-représentation des femmes est reconnu, et la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes a permis l’amorce d’actions soutenant le parcours des femmes et l’offre de milieux inclusifs et sains », indique la CCQ. Parmi ces parties prenantes, mentionnons les centres de formation, les syndicats, les associations, les corporations et le gouvernement.

 

La CCQ dit poursuivre le travail en vue du déploiement de la troisième phase du PAEF.

Cet article est paru dans l’édition du 8 septembre 2022 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous.