Une construction brassicole sur un campus universitaire

10 novembre 2023
Par Émilie Lavergne

Située à même le Studio de création — Fondation Huguette et Jean-Louis Fontaine, l’Usine-école Siboire est un projet décrit comme comme un lieu d’apprentissage expérientiel autour des procédés brassicoles et de distillation.

L’Université de Sherbrooke a déjà sur son campus depuis plusieurs années un groupe technique, SherBroue, qui est un regroupement brassicole à but non lucratif. L’espace restreint et la volonté grandissante de créer une usine-école ont poussé Joël Sirois, professeur au Département de génie chimique et de génie biotechnologique de l’Université de Sherbrooke, à faire évoluer l’idée de l’usine-école Siboire. « Nous avions le désir de pousser l’expérience à un autre niveau, où se dérouleraient des activités de formation, de recherche et de développement, le tout, dans un environnement industriel authentique. Mais on avait besoin d’espace », explique Joël Sirois, un des idéateurs du projet, qui planche sur le concept depuis plusieurs années.

 

Des normes de sécurités strictes

Le Studio de création — Fondation Huguette et Jean-Louis Fontaine semblait tout indiqué pour y annexer un bâtiment abritant les équipements. Puisque le Studio existe depuis 2019 et qu’il est déjà occupé par des projets entrepreneuriaux, des groupes techniques et diverses activités pédagogiques, il était impératif de construire un nouveau bâtiment si l’Usine-école envisageait de s’y joindre. Cependant, pour obtenir un permis de brassage de la Régie des alcools, des courses et des jeux, une demande de dérogation à la Régie du bâtiment du Québec a été obligatoire. « On ne pouvait pas, selon les règles, bâtir une microbrasserie et une microdistillerie si près du Studio. On a obtenu la dérogation en limitant notre grandeur et en suivant des règles de sécurité très strictes », affirme Marc-Antoine Lauzon, professeur agrégé au Département de génie chimique et de génie biotechnologique et directeur technique de l’Usine-école Siboire.

 

Marc-Antoine Lauzon, professeur agrégé au Département de génie chimique et de génie biotechnologique et directeur technique de l’Usine-école Siboire. Crédit : Université de Sherbrooke

 

Non seulement les normes de sécurité ont-elles été renforcées, mais elles vont au-delà de ce qui était demandé pour obtenir le permis et par les normes universitaires. Pour éviter les risques en lien avec les diverses manipulations requises lors d’un procédé de brassage et de distillation, des détecteurs de gaz ont été installés dans l’usine-école, la taille de l’alambic a été limitée, l’entrepôt et la salle de distillation sont munis de barrière anti-explosion et pourvus d’une cuve de rétention pour prévenir les déversements.

 

Un défi logistique d’aménagement

Avec une superficie de 180 m2, munie d’équipements de production et d’un laboratoire de tests, l’Usineécole Siboire s’avère la plus importante installation de ce genre au pays. C’est la firme EXP qui a conçu les plans du bâtiment, Espace Vital s’est chargé de l’architecture alors que c’est l’entreprise de construction Guy Sébas qui a réalisé l’usine-école. « Le plus gros de la construction s’est fait pendant la pandémie. C’est donc dire qu’on a goûté aux délais des chaînes d’approvisionnement, aux hausses de coût et aux arrêts de chantier », affirme Joël Sirois, en parlant des embûches sur le chantier.

 

Joël Sirois, professeur au Département de génie chimique et de génie biotechnologique de l’Université de Sherbrooke. Crédit : Université de Sherbrooke

 

Tout comme la microbrasserie Siboire qui a donné de ses anciennes cuves, les Équipements EBR ont aussi cédé deux cuves de maturation pour l’usine-école, ce qui a engendré un défi en matière de déménagement d’équipements, mais aussi pour l’arrimage entre les différentes cuves.« Les panneaux de contrôle n’étant pas de la même origine, on avait un souci de compatibilité. Par chance, Alliance Contrôle nous a offert un panneau de contrôle pouvant s’adapter sur les deux générations d’équipement », explique Marc-Antoine Lauzon.

 

Efficacité énergétique et carboneutralité

Le Studio de création est un espace carboneutre qui a été créé entre autres pour stimuler la créativité, valoriser le savoir, l’innovation technologique et l’entrepreneuriat. En s’y adjoignant, l’usine-école a adhéré aux mêmes valeurs, dont celle sur les mesures durables. L’utilisation du glycol permet d’abaisser la température du système beaucoup plus efficacement qu’avec l’eau. Il est utilisé pour la chambre froide avec un ventilo-convecteur refroidi au glycol et la thermopompe centrale refroidie à l’eau, ce qui consomme moins d’énergie.

 

Plusieurs mesures ont été prises afin de respecter les normes de sécurité relatives au brassage et à la distillation de la bière. Crédit : Gracieuseté

 

La valorisation des déchets est aussi possible, par exemple avec les drêches de brasserie qui se compostent ou peuvent servir en alimentation animale et la possibilité de réutiliser les levures d’un brassin à l’autre. Le chauffage à la vapeur est aussi possible puisque l’usine-école s’est annexée à la boucle de vapeur de l’université.

 

Pensé par et pour les étudiants

Ce sont des étudiants finissants en design de procédés biotechnologiques qui ont proposé les premières ébauches de conception de la future usine-école dans le cadre de leur projet de fin d’études. « Par la suite, on a dû s’ajuster avec les coûts et les nombreux défis pour ériger cette usine, mais c’est parti de leur projet », affirme Marc-Antoine Lauzon. Cet OBNL a pour mission d’offrir des activités pédagogiques et de recherche, tout en atteignant des objectifs de rentabilité comme doit le faire une réelle entreprise. Par exemple, les boissons produites seront vendues sur les campus de l’Université de Sherbrooke lors d’activités sociales et tous les profits seront réinvestis dans les activités de l’usine-école.

 

« Les occasions d’apprentissage sont intéressantes pour les étudiants autant en ingénierie qu’en gestion ou en marketing; il reste que la réalité, c’est un roulement de personnel selon les disponibilités, les heures de bénévolat variant d’une session à l’autre », affirme Marc-Antoine Lauzon. Qui dit roulement de personnel dit aussi formation des nouveaux bénévoles, autant sur les aspects de manipulation que sur la sécurité des opérations. « Un autre beau défi ! »,conclut-il.