Plage de Verdun : joindre l’utile à l’agréable

6 juillet 2020
Par Marie Gagnon

La mise en valeur des berges de Verdun fait d’une pierre deux coups : elle offre aux citadins un accès privilégié au fleuve et redonne une deuxième vie à une friche industrielle. Tout en faisant la part belle à l’environnement.

Les projets de requalification urbaine constituent une occasion unique de produire des environnements de qualité. La plage de Verdun en est un bon exemple.

 

Située à deux pas de la station de métro De L’Église, elle offre un accès unique au fleuve Saint-Laurent et à ses rives. Aménagée pour le cout de 5,2 millions de dollars, elle s’étend sur 15 000 mètres carrés et comprend une aire de baignade, une plage sablonneuse, des zones de jeu et de repos – hamacs, glissoires, mur d’escalade –, un bloc sanitaire et des vestiaires.

 

Sa réalisation, qui s’est échelonnée d’aout 2017 à juin 2019, comporte toutefois des défis de taille. L’aménagement en rive repose en effet sur une ancienne décharge publique, où se sont accumulés au fil des ans des débris de verre, de brique et de béton. C’est dire que d’importants travaux d’excavation, de nivellement ainsi que de décontamination doivent y être effectués, avant même d’y étendre 10 000 tonnes de sable blond.

 

Protéger la faune et la flore

« En fait, tout au long du projet, des mesures rigoureuses ont été mises en oeuvre pour éviter toute contamination du sol et de l’eau, mais aussi pour protéger la faune et la flore, indique Valérie Aubé, ingénieure de projet pour la firme de génie-conseil GBi, dont le concept est signé WAA architecture du paysage.

 

Valérie Aubé, ingénieure chez GBi. Photo : Patrick Palmer Photographe

 

Elle signale que les travaux en rive et sous l’eau ont débuté par l’installation d’un rideau de turbidité afin de contenir les sédiments et d’empêcher leur dispersion. Un batardeau temporaire a ensuite été érigé au moyen de blocs de béton afin de réduire le débit de l’eau pour les travaux en rive. Quant aux venues d’eau résiduelles, elles étaient gérées à l’aide d’un système de pompage et de bassins de décantation.

 

Une fois ces moyens en place, le site a été décapé sur une épaisseur d’un mètre (m) afin d’en retirer les contaminants. Comme il fallait empêcher l’eau souterraine de remonter en surface et de contaminer le sable, les équipes de H2O, qui assuraient le volet terrestre du chantier, ont d’abord installé un géotextile non tissé qu’ils ont ensuite recouvert d’une membrane étanche en polyéthylène et de 3 500 tonnes de sable en rive.

 

Oser se mouiller

Les travaux dans le fleuve ont également nécessité des précautions particulières. Le projet, faut-il le rappeler, prévoit la baignade dans une portion du fleuve où le courant est plutôt puissant. Pour en ralentir le cours et protéger les baigneurs, une digue de 38 m a été construite au moyen de pierres granitiques d’un diamètre d’environ un mètre.

 

Des digues temporaires ont également été aménagées pour que la machinerie puisse atteindre l’extrémité de l’aire de baignade, où un mur d’enrochement a été érigé sous l’eau afin de prévenir l’érosion du sable. « Les étapes dans l’eau étaient particulièrement critiques, signale Valérie Aubé. Pour les digues et l’enrochement, on a utilisé des pierres naturelles, qui étaient d’abord lavées afin d’en éliminer tous les sédiments, puis déposées une à une dans le fleuve afin de ne pas trop remuer le fond fluvial. Même les équipements de chantier étaient lavés. »

 

La mise en place du sable dans le lit du fleuve est toutefois venue pimenter la tâche de l’entrepreneur général Deric Construction, qui effectue les travaux aquatiques et doit travailler dans un milieu non asséché. Impossible en effet de recourir aux palplanches traditionnelles pour accéder à l’aire de travail. Le roc était peu profond et cette solution s’avérait trop couteuse.

 

Plonger dans l’hiver

Le sable a donc été déposé à l’aide d’une pelle hydraulique circulant sur les digues temporaires. Mais encore là, sa mise en place doit être précédée par l’installation d’un géotextile qui doit s’insérer entre le sable et les pierres granitiques composant la digue. Là où les choses se compliquent, c’est que les travaux en eaux sont limités par le frai de certaines espèces de poissons, qui va de mars à aout.

 

Les travaux d’installation de la membrane géotextile sous l’eau se sont déroulés en période hivernale. Photo : GBi Experts-conseils

 

La membrane sera donc installée en hiver, sous la glace, par des plongeurs qui doivent en outre composer avec des températures peu clémentes. « Les travaux en rive, qui comprenaient en plus la construction d’une rampe d’accès pour les poussettes et les personnes à mobilité réduite, se sont avérés aussi très complexes, commente l’ingénieure. Ils étaient prévus au printemps, à une période où le niveau de l’eau est habituellement élevé. Sauf qu’en 2019, les eaux du fleuve ont atteint un niveau de récurrence de 100 ans. »

 

Elle ajoute que le projet a donné lieu à de belles initiatives environnementales. Dont l’émondage de la végétation plutôt que sa suppression, et la végétalisation des sols malmenés par les travaux au moyen d’espèces indigènes. Au total, plus de 12 000 végétaux de toutes sortes ont été plantés dans le cadre du projet. Des arbres morts, prisés par certains oiseaux pour leur nidification, ont même été conservés.

 

Et c’est sans compter les mesures appliquées pour compenser la perte d’habitats fauniques aquatiques. « On a aménagé des petites baies le long du fleuve pour les poissons avec des roches et des plantes », indique Valérie Aubé, en précisant du même souffle que le projet a permis à GBi de développer un savoir-faire unique en matière de gestion d’écosystèmes sensibles lors de travaux de construction.

 

UNE RECONNAISSANCE MÉRITÉE

Le 3 octobre 2019, à l’occasion de la 16e cérémonie annuelle des prix Excellencede l’Association québécoise du loisir municipal (AQLM), l’Arrondissement de Verdun et la Ville de Montréal se sont vu décerner le trophée Otium, de la catégorie Municipalités ou arrondissements de 25 000 à 74 999 habitants, pour l’aménagement de la plage urbaine de Verdun. Les prix Excellence, remis dans le cadre de la 20e Conférence annuelle du loisir municipal, visent à souligner les initiatives municipales en loisir et à soutenir le développement des connaissances en ce domaine.