Le premier gratte-ciel en bois recyclé au monde et la plus haute tour en bois du Danemark, TRÆ, est un phare de 78 mètres pour la construction circulaire, démontrant que l’architecture à grande échelle peut combiner matériaux réemployés, ressources biogéniques, esthétique soignée et haute performance, sans compromis.
Situé dans la zone portuaire d’Aarhus, marquée par des traces industrielles et des inégalités sociales, le projet visait à fusionner renouveau écologique, social et architectural. Le contexte culturel du site — une ancienne zone industrielle en pleine transformation en un quartier urbain dynamique — appelait une conception capable de symboliser le changement et d’établir de nouvelles normes en matière de développement durable. L’ambition du client était claire : créer un bâtiment qui accélère la transition vers la construction circulaire.
Naviguer à vue
Le projet visait à démontrer qu’il est possible de construire une tour en bois et à partir de déchets sans compromettre la sécurité, la performance ou l’économie. Construire la plus haute structure en bois du Danemark signifiait naviguer à vue.
En l’absence de précédents locaux pour les tours en bois, l’équipe a dû faire face à des exigences strictes en matière d’incendie et de robustesse, à l’air salin du littoral, aux zones de sécurité liées au risque d’explosion et à la pollution atmosphérique provenant d’une centrale électrique voisine. L’ambition d’intégrer autant de matériaux réemployés que possible ajoutait une complexité supplémentaire, nécessitant l’élaboration de nouvelles normes techniques et de nouvelles approches réglementaires. Une collaboration intensive entre architectes, ingénieurs, entrepreneurs et autorités municipales a été essentielle, de même que des processus d’innovation itératifs et des tests d’incendie à grande échelle pour des composants non conventionnels, tels que des pales d’éoliennes réutilisées comme dispositifs d’ombrage solaire.
La beauté des déchets
Le concept général s’aligne sur la philosophie de la firme d’architecture Lendager : la forme suit la disponibilité. Cette approche met en lumière la beauté des déchets en transformant des ressources abandonnées en valeur architecturale. Situé dans l’ancien port industriel d’Aarhus, TRÆ répond à la rudesse de son environnement avec des façades composées de panneaux d’aluminium récupérés, disposés de manière à évoquer l’écorce de bouleau : tachetée, imparfaite et vivante. Ce choix esthétique fait de l’irrégularité une identité, créant une surface tactile et scintillante qui change selon la lumière et la météo.
Durabilité sociale
Le nom TRÆ porte trois sens en danois : arbre, bois et trois — reflétant sa matérialité biogénique, son ethos écologique et ses trois volumes interconnectés. Ces trois tours arrondies s’élèvent sur un site restreint, leur géométrie douce maximisant la lumière naturelle tout en créant une présence sculpturale sur le front de mer. Une passerelle piétonne ondulante relie le rez-de-chaussée au nouveau pont piétonnier public d’Aarhus, intégrant le bâtiment au tissu urbain et invitant à l’interaction publique.
Les fonctions du rez-de-chaussée, notamment un restaurant opéré par une initiative sociale, dynamisent la rue, tandis que la « passerelle-serpent » attire les gens vers le site. Au-delà de l’architecture, le projet intègre une dimension de durabilité sociale en impliquant des personnes en situation d’itinérance dans l’entretien des lieux et en accueillant une initiative bénévole qui offre chaque jour des repas aux familles dans le besoin.
De la boîte aux lettres aux pales d’éoliennes
Sur le plan structurel, TRÆ combine des colonnes et des dalles de plancher en bois lamellé-collé, tandis que des noyaux en béton à faible empreinte carbone assurent la stabilité et la sécurité incendie. Presque toutes les surfaces visibles sont réemployées, surcyclées ou biobasées. Des caissons en bois forment la façade, revêtue de panneaux d'aluminium récupérés sur des toitures industrielles et agricoles ainsi que sur des boîtes aux lettres endommagées par l'eau. Des pales d’éoliennes servent de brise-soleil, tandis que des fenêtres réemployées, des textiles de déchets et du feutre composent les surfaces acoustiques.
Les finitions intérieures comprennent des planchers et des panneaux en bois récupéré, et des arbres matures déplacés depuis des sites municipaux renforcent le concept d’« arbre » tout en créant un cadre verdoyant immédiat. Des études auprès des usagers et des mesures du climat intérieur confirment que les espaces sont perçus comme sains et inspirants. Les employés soulignent la qualité tactile des matériaux réemployés et biogéniques, qui procure un sentiment de calme et d’authenticité, tandis que les textures naturelles et la lumière du jour contribuent à une perception d’air plus pur. Au-delà du confort, le concept innovant lui-même est considéré comme motivant et visionnaire, donnant aux usagers un sentiment de fierté de travailler dans un bâtiment qui remet en question les conventions et démontre une nouvelle façon de construire.
Un nouveau paradigme pour l’architecture durable
TRÆ démontre que la circularité peut évoluer. Une analyse du cycle de vie révèle une réduction de 30 à 50 % du carbone intrinsèque par rapport à une tour en béton conventionnelle. En conjuguant innovation technique et responsabilité sociale, TRÆ établit de nouvelles références en matière de conformité réglementaire et de réemploi des matériaux dans la construction en hauteur.
Ses trois étages « Living Lab » explorent davantage les matériaux biogéniques et surcyclés, générant des connaissances pour les futurs concepts circulaires et favorisant le dialogue entre usagers, concepteurs et chercheurs.
Au-delà de sa performance environnementale, TRÆ enrichit le tissu culturel et social d’Aarhus. Il transforme un ancien port industriel en un milieu urbain dynamique, offrant des façades tactiles qui scintillent grâce à l’aluminium récupéré et des espaces publics invitant à l’interaction. En transformant les déchets en valeur architecturale et en réduisant massivement les émissions carbones, ce projet trace la voie à un nouveau paradigme pour l’architecture à l’échelle mondiale.

